Dictionnaire de la langue nahuatl classique

Eléments de grammaire


Les temps des verbes

présent
imparfait
parfait
plus-que-parfait
futur
éventuel
impératif-optatif
vétatif
irréel


D'après Michel Launey. Introduction à la langue et à la littérature aztèque. tome I grammaire.

Le PRESENT


Par convention c'est sous le
radical du présent, ou base 1, qu'un verbe est enrégistré dans un dictionnaire nahuatl.
Exemple: le verbe 'pleurer' se trouvera sous l'entrée
CHOCA.

En discours chōca signifie: il pleure (3ème pers. du sing. du présent) mais cette forme se confond avec le radical du présent.

Le radical du présent des verbes réguliers ne se termine jamais sur une consonne.

Le plus souvent les verbes intransitifs (ou inanimés) se terminent en -i et les verbes transitifs (ou bitransitifs) se terminent en -a (souvent en -ia ou oa).
Exemple: mani, être étendu et mana, étendre, déposer (quelque chose).

Quelques verbes ont un radical en -e mais on peut les considérer comme une variante de verbes en -a. Exemple: chiya, attendre, se rencontre parfois sous la forme chiye.

Un petit nombre de verbes ont au présent un radical en -o.
Exemple: temo, descendre.

Note importante: quand le radical du présent se termine en -oa, -ia ou -o la voyelle finale est en réalité longue. Mais en discours une voyelle longue exposée en finale se trouve abrègée.

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L'IMPARFAIT


L'imparfait nahuatl se forme sur le radical du présent à l'aide du suffixe -ya.
Exemple: chōca, il/elle pleure, chōcaya, il/elle pleurait.

Note: Lorsque le radical du présent se termine sur une voyelle longue (les verbes en -ia, -oa ou -o) l'imparfait conserve cette voyelle longue avant le suffixe -ya.
Exemples: nitemo, je descends, nitemōya, je descendais (radical du présent
temō)
nictēmoa, je le cherche, nictēmoāya, je le cherchais (radical du présent: tēmoā).

Le suffixe pluriel de l'imparfait est le saltillo, noté -h.
Exemple: cuīca, il/elle chante, cuīcaya, il/elle chantait, cuīcayah, ils/elles chantaient (radical du présent cuīca).

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Le PARFAIT


Pour former le parfait il faut:

1. éventuellement l'
augment ō-.
2. les préfixes sujet et objet et ou réfléchi ordinaires.
3. le radical du parfait du verbe qui en général est un radical réduit par rapport au radical du présent.
4. le suffixe participial.
5. au pluriel, le suffixe -eh.

Le radical du parfait ou base 2 du verbe.

Pour chaque verbe le dictionnaire donne systématiquement le radical du parfait même lorsque celui ci est parfaitement prévisible à partir du radical du présent.
Ainsi sous l'entrée d'un verbe on on trouvera le radical du présent suivi du radical du parfait.
Exemple: sous
ACALHUIA on trouvera ācalhuia (radical du présent) > ācalhuih (radical du parfait)

La formation du radical du parfait.

1. radical du parfait identique au radical du présent.

Exemple: AHCI, radical du présent et radical du parfait: ahci. Dans le dictionnaire on trouvera dans ce cas la forme ahci- pour noter le radical du parfait car celui ci apparaitra toujours avec le suffixe participial (-c au singulier qu- au pluriel).

2. radical du parfait formé par la chûte de la voyelle finale du radical du présent.

Exemple: COCHI, radical du présent cochi, radical du parfait coch.

3. modification de la consonne finale après chûte de la voyelle.

a. les verbes terminés en -ma, -mi.
La nasale finale se transcrit n.
Exemple: XĪMA, radical du parfait xīn

b. les verbes terminés en ya ou yi pour lesquels la règle Y > X.
Exemple: PIYA, radical du parfait pix.

c. le verbe mati pour lequel on a T > H.
MATI, radical du parfait: mah

4. substitution d'un saltillo à la voyelle finale.

Ceci se produit pour les verbes terminés en -ia ou -oa.

Exemple: IHTOA, radical du parfait ihtoh.

5. ajout d'un saltillo au radical du présent.

Pour un petit nombre de verbes en -a
Exemple: CUA, radical du parfait cuah.

Parmi ces verbes voir: pa, zōma, māma et ihua.

Le radical du présent de ces verbes se termine par une voyelle longue -ā de sorte que nous aurons un imparfait en -ā-ya comme pour les verbes en -ia ou -oa.

Voir aussi la variante mēme de māma.

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Le PLUS-QUE-PARFAIT


Marque qu'un événement n'a eu que des effets provisoires qui ont été remis en cause par un autre évènement.
Il est formé en ajoutant -ca au
radical du parfait.
Le pluriel est -h.
Comme le parfait il est généralement précédé de l'augment ō-.
ō-ni-quīz-ca, j'étais sorti. Cf. quīza.
ō-ni-c-chīuh-ca, je l'avais fait. Cf. chīhua.
ō-ni-c-poloh-ca, je l'avais perdu, détruit. Cf. poloa.
ō-ni-no-tēca-ca, je m'étais couché. Cf. tēca.

Cf. Launey 210.

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Le FUTUR


Pour former le futur il faut:

1. les préfixes
sujet et objet et ou réfléchi ordinaires.
2. le radical du futur du verbe.
3. le suffixe -z.
4. le suffixe participial, qui au singulier a la forme -0 et qui se transcrit qu- au pluriel.
5. au pluriel, le suffixe -eh.

Le radical du futur ou base 3 du verbe.

1. dans les verbes terminés par -ia et -oa le radical du futur est respectivement en et en ō
Exemple:
TLĀLIA radical du futur TLĀLĪ
motlālīz, il s'assiéra.

2. dans les autres cas le radical du futur est identique au radical du présent.
Exemple: nicochi, je dors, nicochiz, je dormirai (radical du présent et du futur COCHI).
Attention: pour les verbes terminés en -o le radical du présent et donc aussi du futur se termine sur une voyelle longue.
Exemple: pano, il passe, panōz, il passera (radical du présent et du futur PANŌ).


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L'EVENTUEL


Formation de l'éventuel:
Il se forme en suffixant -ni sur le
radical du présent.
L'éventuel de yāuh, aller est yāni.
L'éventuel de cah, verbe de localisation, être, est yeni (formé exceptionnellement sur le radical du futur).

Pluriel de l'éventuel:
Il y a deux pluriels possibles à l'éventuel, un pluriel 'verbal', à saltillo, noté -h et un pluriel 'nominal' en -meh.

Comme forme verbale l'éventuel prend les préfixes sujet et objet propres aux verbes. Mais le préfixe sujets de la deuxième personnes sont x(i)- comme à l'impératif-optatif.
le pluriel est en -h.
Avec intlā l'éventuel forme des tournures conditionnelles expriment soit l'irréel du passé soit l'irréel du présent.

Avec ou mācamo, pour la négation, l'éventuel exprime un regret, un souhait portant soit sur le passé sois sur le présent.
mā xiccaquini in tlein niquihtoa, si seulement tu écoutais ce que je dis.

mā niccaquini inic ahmo iuhqui nopan mochīhuazquia in āxcān ye nopan mochīhua, je devrais l’écouter, pour qu’il ne m’arrive pas des choses semblables à celles qui m’arrivent maintenant.
mācamo iuh niquihtoāni inic ahmo mīxnāmiquizquiah, je ne devrais pas parler ainsi, afin qu’ils ne se querellent pas.
L’irréel est ici dépendant d’une principale à l’éventuel. Launey Introd. p. 315.

On peut avoir un regret portant sur le passé en préfixant l'augment ō-.
mācaīc ōnitlahtlacoāni, si je n'avais jamais péché.

Mis à part ces valeurs modales, l'éventuel marque non pas la réalisation présente, passée ou future d'un processus, mais plutôt la propension ou la capacité d'un sujet à le réaliser. Le sens est souvent proche de: 'avoir pour propriété de...', 'aimer à...', 'avoir comme métier ou comme habitude de...', 'être susceptible de...'.
Exemples: nipolihuini, je suis périssable.
ticochini, tu ne fais que dormir.

L'éventuel peut fonctionner comme le nom d'une personne ou d'un objet, nom qui désigne la personne ou l'objet par sa caractéristique principale, par son comportement habituel, par son métier, sa profession.
tēcuāni, le fauve, éventuel sur cua, v.t. manger, littéralement, le mangeur d'homme.
Dans ce cas on trouvera ordinairement sur les verbes transitifs les préfixes objets indéfinis ou réfléchis.
Le pluriel est formé de préférence à l'aide du suffixe nominal -meh.
titlahtlacoānimeh, nous sommes pécheurs.
Ces éventuels se comportants comme des noms ont souvent un sens très proche ce celui des noms d'agent formés sur les verbes correspondants.
Mais l'éventuel n'a pas à proprement parler de forme possédée. Si un éventuel doit apparaître à cette forme on utilisera la forme possédée du nom d'agent correspondant.
tlahtoāni, le souverain donne à la forme possédée, totlahtohcāuh, notre souverain. Pour certains éventuels on utilisera également le nom d'agent correspondant pour former le pluriel. tlahcuiloāni, le scribe a comme pluriel tlahcuilohqueh.
tlahtoāni, a le plus souvent comme pluriel, tlahtohqueh, les souverains.
L'éventuel peut par ailleurs apparaître comme les noms proprement dits avec cah.
tlahtoāni catca, il était le souverain. L'éventuel peut admettre le suffixe vocatif . tlahtoānié, ô roi.
Il peut également admettre les suffixes diminutifs, augmentatifs ou honorifiques.
cuīcuīcanitōn, petit grillon.
Cette propension des éventuels à se comporter comme s'ils étaient des noms explique, qu'à la suite de Molina et de Rémi Siméon, nous les avons placés comme des entrées séparées du dictionnaire.


L'éventuel du passif.
En mettant à l'éventuel le passif d'un verbe transitif, on a une forme qui signifie 'qui doit être' ou 'qui peut-être' + participe passé (on la traduira le plus souvent par un adjectif en -ible ou en -able.
ahmo cuālōni inin nacatl, cette viande n'est pas mangeable.
Note: l'éventuel du passif est la seule forme du passif qui peut être utilisée pour les inanimés.
chīhualōni, c'est faisable, ça peut se faire.
mochīhuani, ça se passe habituellement, ça peut se produire.

L'éventuel de l'impersonnel ou nom d'instrument.
Le nom d'instrument désigne quelque chose qui permet au processus verbal de se réaliser.
On l'obtient en mettant à l'éventuel l'
impersonnel d'un verbe intransitif.
ca cochīhuani inin pahtli, ce médicament est un somnifère.
Ces noms d'instrument ont une forme possédée particulère qui se confond avec l'imparfait actif du verbe sur lequel ils sont construit.
īmiquiya, son poison.

Exemple:
huītequi, frapper.
impers., tlahuīteco, ça frappe.
éventuel de l'impersonnel, tlahuītecōni, ce qui sert à frapper, le fouet, le fléau, le rostre.
à la forme possédée, -tlahuītequiya. ācipaquihtli ītlahuītequiya, le rostre du poisson scie.

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L'IMPERATIF-OPTATIF


Formation:

L'impératif-optatif se construit sur le
radical du futur ou base 3.
Au pluriel il prend le suffixe -cān.
A la deuxième personne le préfixe sujet est x- ou xi-, suivi le cas échéant des autres préfixes (objet défini, directionnel, réfléchi, indéfini).
Note: au singulier la voyelle finale est toujours transcrite comme une brève.

tlālia, réfl., s'asseoir, xi-mo-tlāli, assieds-toi.
temo, v.i., descendre, xitemo, descends, xitemōcān, descendez.
cochi, v.i., dormir, xicochi, dors, xicochicān, dormez.
caqui, v.t., écouter, xiccaqui, écoute le.
ītia, v.bitrans., réfl., boire (honor.), xocommīti in pahtli, bois la potion

Les verbes irréguliers:

yāuh, v.i., aller, xiyāuh, va, xihuiyān, allez.
mä oc tamëchtotlälcähuilïcän mä oc tonyahtihuiyän , que nous nous éloignions de vous, que nous y allions. Sah9,15.
huītz, v.i., venir, n'a pas d'optatif, on se sert de huāllāuh, v.i., venir, xihuāllāuh, viens, xihuālhuiyān, venez.
cah, v.i., être en un lieu, xiye, sois, reste, xiyecān, soyez, rester.
Note: ye est le radical du futur du verbe cah.

L'optatif à la 1ère et à 3ème personne:

A la première et à la troisième personne on retrouve les
préfixes sujets habituels. Mais le verbe doit être précédé d'une particule qui fonctionne comme in indicateur d'impératif-optatif, qui peut-être mā ou tlā.
exprime un souhait.
tlā exprime plutôt une hypothèse.

mā quitta in, qu'il puisse voir cela.
tlā tlahto, s'il parlait.

On traduira la première personne du pluriel par l'impératif.
mā ticcuācān in etl, mangeons les haricots.

La négation de l'optatif.

L'
impératif-optatif a une négation spéciale qui, à toutes les personnes, est mācamo.
mācamo xicchīhua, ne fais pas cela.
mācamo quicōhua etl, il ne faut pas qu'il achète de haricots.


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Le VETATIF


Le vétatif correspond à un impératif négatif.
Le vétatif se construit sur le radical du parfait mais les verbes dont le radical du parfait se termine par une voyelle (les verbes qui au parfait prennent le suffixe -c) prennent au vétatif un suffixe -h.
Le pluriel est en -tin.
Le vétatif est toujours précédé de ou de mā nēn, il n'est jamais précédé de tlā
Les préfixes sujets du vétatif sont
les préfixes ordinaires t(i)-, an-/am- et non le préfixe optatif x(i)-.
mā tihcīcatinen, ne sois pas essoufflé.
mā ti-c-chīuh in, ne fais pas cela.
mā ti-tlahtlacoh, évite de pécher.
mā an-qui-chīuh-tin in, ne faites pas cela.
mā chōca-h, il ne faut pas qu'il pleure.
mā chōca-h-tin, il ne faut pas qu'ils pleurent.

Optatif et négation du vétatif.
Il n'y a pas de vétatif pour cah ni pour les verbes en -o (donc en particulier pour les passifs). On se sert à la place de l'optatif précédé de la négation.
mācamo nicān xiye mōztla, ne sois pas ici demain.
mācamo xānalōcān, ne vous faites pas prendre.
Mais en principe: à l'optatif négatif, on souhaite que quelque chose ne se passe pas, au vétatif, on dit que quelque chose risque de se passer et qu'il faut l'éviter.
mā tihuetz, fais attention à ne pas tomber.
Dans de nombreux cas on peut employer aussi bien l'optatif négatif que le vétatif. Mais le vétatif a une valeur plus générale ou plus solennelle. mācamo xicchīhua, ne fais pas cela (impératif-optatif négatif) est plutôt un ordre ou une invitation valable maintenant.
mā ticchīuh, fais attention à ne pas faire cela (vétatif), est plutôt une exhortation, un avertissement de portée plus générale.

Le vétatif avec négation.

Avec la négation, le vétatif équivaut à un impératif renforcé. La marque de la négation est toujours mā nēn ah- (et non mācamo, qui est la négation de l'optatif).
mā nēn ahticchīuh in ōnimitzilhuih, ne manque pas de faire ce que je t'ai dit.


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L'IRREEL


L'irréel est construit sur le
radical du futur, avec le suffixe -zquia.
Le pluriel est -h.
L'irréel marque qu'à un moment du passé un évènement était envisagé (et donc qu'à ce moment on pouvait en parler au futur), mais que par suite d'un empèchement quelconque cet évènement n'a pas eu lieu. Les traductions françaises pourront-être: 'j'allais' + infinitif, 'je devais' + infinitif, 'j'aurais' + participe passé, 'j'ai failli' + infinitif, 'un peu plus, je' + imparfait.
ca yehhuātl in niquihtōzquia, c'est ce que j'allais dire.

mā niccaquini inic ahmo iuhqui nopan mochīhuazquia in āxcān ye nopan mochīhua, je devrais l’écouter, pour qu’il ne m’arrive pas des choses semblables à celles qui m’arrivent maintenant.
mācamo iuh niquihtoāni inic ahmo mīxnāmiquizquiah, je ne devrais pas parler ainsi, afin qu’ils ne se querellent pas.
L’irréel est ici dépendant d’une principale à l’éventuel. Launey Introd. p. 315.

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