Collège Paul-Emile Victor

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L'esclavage à travers les siècles

Les justifications de l'esclavage

 

La richesse des maîtres ne pouvait provenir que de l'inégalité. La société esclavagiste est donc égoïste et elle se fonde sur la négation de la dignité humaine des esclaves.

"L'utilité des animaux privés et celle des esclaves sont à peu près les mêmes; les uns comme les autres nous aident par le secours de leur force corporelle à satisfaire les besoins de l'existence [...]. Ainsi la guerre est-elle en quelque sorte un moyen naturel, puisqu'elle comprend cette chasse que l'on doit donner aux bêtes fauves et aux esclaves qui, nés pour obéir, refusent de se soumettre [...]. L'esclavage est donc un mode d'acquisition naturel, faisant partie de l'économie domestique. Celle-ci doit le trouver tout fait ou le créer, sous peine de ne point amasser ces moyens de subsistance indispensables à l'association de l'État et à celle de la famille."

Aristote, Politique.

Citoyens, métèques ou esclaves? Les citoyens et les métèques, nombreux à pratiquer le commerce, sont souvent patrons. Ils faisaient travailler des ouvriers citoyens, métèques ou esclaves. Mais un esclave pouvait aussi diriger l'entreprise de son maître.Cratère du IVe siècle av. J.-C. Musée de Cefalù, Sicile, Italie.

 

Citoyens ou esclaves? A la campagne, les citoyens sont seuls à pouvoir posséder la terre. La plupart vivent ainsi avec un ou deux esclaves dont la vie est peu différente de celle du maître et qui font partie de la famille. Vase grec, vers 525 av. J.-C. Musée du Louvre, Paris.

Des esclaves travaillent dans une mine. Leurs conditions de travail sont très dures et leur vie est misérable.Coupe du VIIe siècle av. J.-C. Musée des Antiquités, Berlin.

 

"Parmi les instruments, les uns sont animés, les autres inanimés (...) Et, du point de vue de l'usage, il n'y a guère de différence entre les esclaves et les animaux. C'est donc dans l'ordre de la nature qu'il y ait une différence entre les corps d'esclaves et ceux des hommes libres."

Aristote, Politique, 1,2, (IVe s av JC)

 

"C'est le péché qui fait que l'homme tient l'homme dans les chaînes et toute sa destinée ; et cela n'arrive que par le jugement de Dieu, en qui il n'est point d'injustice, et qui sait mesurer les peines aux démérites."

Saint Augustin

 

L'origine des esclaves

"A quoi distingue t'on l'esclave de l'homme libre ? l'esclave est celui qui est né d'une femme esclave. A quoi la reconnais-tu pour esclave ? Parce qu'elle a un maître. mais si ce maître la détient injustement, n'est-elle pas libre de droit ? Oui mais s'il l'a achetée ? Si elle est née chez lui ? Nous remontons ainsi jusqu'au premier esclave, c'est à dire probablement un prisonnier de guerre ou un homme enlevé par des brigands (...)"

Dion Chrysostome, De la servitude (Ier s ap.JC)

 

Le serf au Moyen Age

"Moi, Berterius, de mon plein gré, j'ai mis la courroie à mon cou, selon la loi romaine, je me suis livré par les mains à Alavadius et à son épouse. Donc, à partir de ce jour, vous et vos héritiers, vous ferez de moi et de mes proches ce que vous voudrez, ayant droit de nous posséder, de nous vendre, de nous donner ou de nous affranchir. Si de moi-même ou par le conseil d'hommes méchants, je veux me soustraire de votre service, vous pourrez me détenir et me punir, vous et vos régisseurs, comme tous vos autres serfs nés dans la condition servile."

Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, fin du 9e siècle.

Le servage : scène de moisson au Moyen Age

 

L'esclavage au XVIIe

Le massacre des Indiens

Les Espagnols se comportèrent à la manière des tigres et des lions les plus cruels lorsqu'ils sont affamés depuis plusieurs jours. Depuis plus de quarante ans qu'ils sont là-bas, ils n'ont rien fait d'autre que de tuer les Indiens, les faire souffrir, les affliger, les tourmenter et les détruire. Si bien que l'île de Cuba est aujourd'hui presque dépeuplée. Et, alors qu'il y avait à Hispaniola plus de trois cent mille habitants, il n'y en a plus aujourd'hui que deux cents. La raison pour laquelle les chrétiens ont tué et exterminé un si grand nombre d'âmes a été seulement l'insatiable désir d'or, l'envie de posséder des richesses.

Bartolomé de Las Casas

 

 

Ci dessus, gravure de Théodore de Bry (1528-1598) représentant un combat entre conquistadores et indigènes du Nouveau Monde. malgré leur supériorité numérique, les Indiens ne purent rien contre les conquérants; les flèches et leurs armes rudimentaires se révélèrent insuffisantes face aux fusils et aux pistolets des européens.

Esclaves Indiens et noirs dans une mine de l'empire espagnol. B.N.

 

La cruauté des conquistadores

Bartolomé de Las Casas décrivait ainsi les conditions de vie des Indiens :

"Les Espagnols avaient vite réduit en esclavage les Indiens qui les avaient reçus amicalement ; de ce fait, ces derniers conclurent que ces étrangers ne devaient pas être venus du ciel .

Ils prirent alors les armes, dans le but de les chasser de leurs terres. Mais les chrétiens ,avec leurs chevaux, leurs lances et leurs épées d' acier, eurent le dessus et se livrèrent à des massacres d' une grande cruauté.

Ils pénétraient dans les villages et éventraient les femmes, enfants, vieillards.

La guerre étant finie, et avec elle les tueries, les Espagnols se partagèrent entre eux la population réduite (de fait) en esclavage."

 

 

 


 

A partir du XVIIIe...

VOYAGE DE JOHN MATTHEWS AU FLEUVE SIERRA LEONE.

Sierra léone, le 15 février 1787.

Quand le marchand touche la côte, muni de la pacotille qui convient (article de toile et de coton européen et indien, mouchoir de soie, chapeaux, bonnet de laine, fusils, poudre, articles de quincaillerie de toute sorte, collier de toute nature, anneaux et ornements d'or et d'argent, spiritueux et tabac d'origine britannique, etc.) il dépêche ses embarcations, dûment approvisionnées, vers les différentes rivières. Arrivés sur les lieux de la traite, ses hommes vont trouver immédiatement le premier personnage de la cité, l'informent des raisons qui les amènent, et sollicitent sa protection.... Ces formalités accomplies, et les présents habituels ayant été offerts, sans quoi rien ne peut se faire, ils commencent leurs opérations.

Lorsqu'un esclave est amené pour être vendu, on l'examine d'abord soigneusement pour vérifier s'il ne présente aucune infirmité ou défectuosité ; si l'examen est satisfaisant, on se met d'accord, pour fixer le prix à tant de barres et l'on remet au vendeur tant de cailloux pour qu'il puisse compter. La marchandise lui est alors remise, article par article, et, pour chaque article, il rend tant de cailloux, suivant la valeur qui leur a été attribuée.Les gens ont toujours soin de commencer par les articles qui, à leurs yeux, sont de première nécessité.

Cette méthode, qui consiste à traiter directement avec les natifs, n'est pas pratiquée par la navires de passage, ni par ceux qui ne viennent chercher qu'un petit nombre d'esclaves. Ceux-ci font généralement du troc avec les marchands de race blanche installés sur la côte, ou avec les comptoirs qui y sont établis. Ils leur remettent en bloc toute leur pacotille et, en échange, ils reçoivent, dans un court délai et à leur convenance, des esclave, du bois de camphre et de l'ivoire, etc.

Documentation photographique 1972

Navigateurs et négociants du XVIe au XVIIIe siècle

Voyage à la rivière Sierra Leone, sur la côte d'Afrique, avec un exposé sur le commerce et la production de ce pays... Séries de lettres, par John Matthews, lieutenant de la Marine Royale, lettres écrites pendant son séjour dans ce pays 1785-1786 et 1787 (Londres 1791). Traduit de E. Donnan : Documents illustrative of the slave trade to America. Vol. II (1700-1800) page 567.

Un esclave capturé vers 1910.

Les esclaves achetés sont enregistrés comme marchandises sur le livre de bord du navire. Puis, comme on le fait aussi pour le bétail, marqués en fer rouge à la marque du négociants.

 

Les fers des esclaves.

" Ne suis je pas un homme et un frère? " Dessin illustrant un poème contre l'esclavage publié aux Etats Unis en 1835.

 

L'embarquement.

Enlevé à onze ans, esclave aux caraïbes, Olaudah Equiano finit par obtenir sa liberté. En Angleterre, il écrit ses Mémoires.

"Le premier objet qui s'offrit à ma vue quand j'atteignis la côte, ce fut la mer ainsi qu'un bateau au mouillage qui attendait sa cargaison. Ce spectacle m'emplit d'un étonnement sans bornes, qui se mua bientôt en terreur quand on me transporta à bord. Aussitôt, quelques hommes d'équipage me tournèrent et me retournèrent en tout sens pour voir si j'étais solide, et j'acquis la certitude que j'avais pénétré dans un monde de démons et qu'ils allaient me tuer [...] Je demandais aux Noirs qui m'avaient amené à bord si ces hommes Blancs au regard effrayant avec leurs figures rouges et leurs cheveux flottants, n'allaient pas nous manger. Peu après, les Noirs s'en furent, me laissant plongé dans le désespoir. Je me vis alors privé de toute chance de retrouver mon pays natal."

Texte tiré du livre de la série "HISTOIRE DU MONDE"

Volume: "Au temps des lumières" de 1691 à 1774

Larousse: SELECTION DU READER'S DIGEST.

 

Embarquement d'esclaves sur la côte d'Afrique (XVIII° siècle)

 

L'entassement dans un bateau négrier.

Marchand d'esclaves de Gorée, au Sénégal traitant avec un autochtone européanisé, qui arbore fièrement pipe et lance. 1796. Grasse de Saint - Sauveur . Bibliothèque des Arts décoratifs, Paris.

Transport des esclaves vers les colonies. Ayant été achetés, ils sont enregistrés comme marchandise sur le livres de bord du navire XIX° siècle Musées du château des ducs de Bretagne, Nantes

Annonce d'une mise en vente de 250 esclaves à bord du Bance Island.Il est spécifié qu'ils sont en bonne santé et qu'ils n'ont pas contracté la variole durant le transport.

 

 

Le système esclavagiste vu par des témoins

"Dès les premiers jours de mon débarquement, j'avais aperçu sur le dos de presque tous les esclavages, hommes, femmes et enfants, de longues cicatrices; j'en ignorais la cause, arrivée, je croyais sur la parole de mes supérieurs(du séminaire du Saint Esprit) que l'esclavage n'Était point contraire au droit naturel...et que par conséquent sans scrupule aucun vendre, acheter, aliéner des hommes."

Aux arguments d'ordre économique s'ajoutait le fait que la décision française semblait prise "à la hâte", sous la pression de la Révolution de février 1848. Par ailleurs, le mouvement abolitionniste français s'était prononcé, depuis la fondation de la société française pour l'abolition de l'esclavage en 1834, pour une émancipation des esclavages de manière progressive, par des affranchissements de plus en plus nombreux.

Aux États Unis l'esclavage fut aboli en 1856.

Le commerce triangulaire.

Ce système se perfectionne aux 18 e siècle. Le nombre de noirs déportés aux Amérique atteint 1,5 millions au 17 e siècle au nord . Le climat n' est pas trop défavorable aux blancs: mais, au sud et dans les îles. La mortalité est considérable. En Guyane française, on cite le chiffre de 100 000 français tués par les épidémies, en revanche, les noirs paraissent mieux s'adapter au climat : leur rentabilité est donc considérée comme meilleure, aucun problème moral ne vient troubler ces négociants, qui sont de bons bourgeois d' origine variés, et pour lesquels le commerce maritime est un moyen d'ascension social ; beaucoup seront anoblis

De plus, la colonisation suggère aux entrepreneurs l' exploitation de nouveaux produits : café, cacao, tabac, dont ils lancent la mode ou qui sont à la mode de produits de luxe, ces articles deviennent des besoins. La solution la plus rentable est d'intensifier l'esclavage, puisque s' y ajoute l' économie de la main-d'oeuvre. C'est alors que s'organise le tarif triangulaire.

 

 

Le Code Noir

Ce code rédigé au temps de Colbert en 1685 restera en vigueur jusqu'en 1848, date de l'abolition définitive de l'esclavage par la France.

" Art.2. - Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine.

Art.15. - Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons, sous peine du fouet et de confiscation des armes.

Art.28. - Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leurs maîtres.

Art.33. - l'esclave qui aura frappé son maître, ou un membre de sa famille, sera puni de mort.

Art.38. - L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis une épaule : et s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé et sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule ; et la troisième fois, il sera puni de mort."

Livre d'Èducation civique 4°

 

 


 

Des esclaves blancs

"Arrivée de Londres, un assortiment de serviteurs anglais, hommes et femmes. A vendre. Prix raisonnables."

voilà ce que l'on peut lire dans les premiers journaux américains. En effet dans les périodes de pénurie de main-d'oeuvre servile, les compagnies commerciales mettent au point de véritables escroqueries à l'immigration. Les candidats européens, volontaires ou criminels en fuite, sont attirés par la perspective d'un enrichissement rapide et par des conditions intéressantes: moyennant un contrat de travail de quelques annonces, ils sont transportés gratuitement vers l'Amérique. Mais, arrivés sur place, les migrants sont vendus comme esclave et doivent travailler dans des conditions parfois proches de celles des Noirs. Sans recours, sans possibilité de fuite, ils vivent de longues années en captivité avant d'obtenir, s'ils survivent, le droit de s'installer à leur propre compte.

 

Texte tiré du livre de la série "HISTOIRE DU MONDE"

Volume: "Au temps des Lumières" de 1691 à 1774

Larousse: SELECTION DU READER'S DIGEST.

 

 


 

L'esclavage vu par un grand écrivain, Voltaire "Le nègre de Surinam"

"Ils rencontrèrent un nègre étendu par terre n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est à dire un caleçon de toile bleue; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite.

"Eh, mon Dieu! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois?

-J'attends mon maître, M. Vanderdendur le fameux négociant, répondit le nègre.

-Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi?

-Oui monsieur, dit le nègre; c'est l'usage.

On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année; quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe ; je me suis trouvé dans ces deux cas : c'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ."

Voltaire, Candide

 

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