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16 mars 2009



Beirut : March Of The Zapotec


Titres

CD 1
El Zocalo
La Llorona
My Wife
The Akara
On A Bayonet
The Shrew

CD 2
My Night With The Prostitute From Marseille
My Wife Lost In The Wild
Venice
The Concubine
No Dice


Si vous venez régulièrement lire mes chroniques, vous savez déjà ce que je pense de Beirut et plus particulièrement de The Flying Club Cup, qui est devenu pour moi un album inestimable. Un de ceux que j'emmènerai sur une ile déserte. Alors forcément, pour moi toute sortie d'un nouveau disque de Zach Condon est un évènement à ne pas rater. Et quand en plus ce disque prend la forme d'un double EP, c'est deux fois la fête. En théorie…

Oui, parce que voilà, ça fait déjà un petit moment que je dois écrire cette chronique et que je la repousse à chaque fois. Parce que j'attendais monts et merveilles des nouvelles chansons de mon new-yorkais préféré et qu'au bout du compte je me pose des questions. Alors je réécoute pour être sûr, avant d'en parler. En fait, ce double EP n'est pas le véritable nouvel album de Beirut, il correspond à deux projets bien distincts. Le premier s'appelle donc March Of The Zapotec et il est l'œuvre de la partie du cerveau de Zach Condon qui s'appelle Beirut. La deuxième est tout autre chose et vient d'un autre morceau du cerveau du même homme qui s'appellerait Realpeople. Sur le premier CD, on reconnait Beirut avec tous les ingrédients habituels, sur l'autre on ne reconnait que la voix. Et pour cause, Realpeople est un projet Electro, aux antipodes de ce qu'on connait déjà et qui correspond au style de jeunesse de Zach Condon quand il composait chez lui en solitaire. Passer de l'un à l'autre est forcément déstabilisant. Cette première surprise passée, tout ça n'est pas forcément un problème en soit quand on n'écoute pas les deux EP dans la foulée. Zach Condon est un explorateur et c'est surtout pour ça que j'aime sa musique, alors une exploration de plus n'est pas forcément pour me déplaire.

Pour commencer par le premier CD, March Of The Zapotec est une collaboration avec un orchestre traditionnel du Nouveau Mexique spécialisé dans les marches funèbres. Encore une fois, c'est le plaisir de la rencontre, de la confrontation et de la découverte qui semble diriger les pas de notre homme. Le résultat de l'exercice est en tous points réussi. Les chansons qui composent March Of The Zapotec sont toutes invariablement lentes et solennelles (enterrements obligent), mais le chant de Zach Condon, de plus en plus radieux, plane délicieusement au dessus de ces cuivres. Ce n'est peut être pas aussi touchant que The Flying Club Cup, mais c'est très beau.

Quant au deuxième disque, là, on ne change pas seulement d'univers, on change aussi d'époque. Avec Realpeople Holland, on se retrouve embarqué dans une sorte de retour vers le futur. A l'époque des synthés à peine polyphoniques et des boites à rythme qui font tchac poum. Mais ce qui surprend encore le plus, c'est la voix de Zach Condon, qui chante sur ces tempos Electro exactement de la même façon qu'avec sa fanfare mexicaine. Comme pour nous signifier que peu importe le flacon, c'est le contenu qui compte. C'est probablement vrai dans son esprit, mais pourtant, le résultat est nettement moins convaincant, même si quelques jolis moments sortent du lot (My Night With The Prostitute From Marseille, My Wife Lost In The Wild). Le malaise (ou la déception, c'est selon) vient de ces sonorités très datés qui donnent l'impression d'écouter des chansons vieilles de plus de vingt ans. No Dice en est le parfait exemple, avec sa petite mélodie sympa et son beat Electro-Disco qu'on a déjà entendu des milliers de fois. Rien d'inventif au final et donc tout le contraire de ce qu'on attend de la musique de cet homme là.

Maintenant, la question qu'on peut se poser est : pourquoi ? Pourquoi nous proposer un double CD comme celui là ? Realpeople Holland est peut être une simple récréation pour Zach Condon, un simple retour aux sources pour s'aérer un peu la tête et se faire plaisir. C'est peut être aussi plus que ça, comme l'indication que le Beirut de demain n'aura peut être plus grand-chose à voir avec celui d'aujourd'hui. Voire même que Beirut disparaitra et que Zach Condon explorera d'autres contrées. Allez savoir avec quelqu'un comme lui. Encore une fois, cet homme là surprend. Vous en connaissez beaucoup vous des disques qui vous posent autant de questions ? En tous cas, il donne une furieuse envie de connaitre déjà la suite de l'histoire. Qui sera forcément surprenante, non ?


Pour plus d'nformations, leur page Myspace :
www.beirutband.com

Pas de vidéo pour ce nouvel EP, alors autant regouter à Nantes en live dans les rues de Paris


#64.1 - Beirut - Nantes
envoyé par lablogotheque


Peter Von Poehl : May Day

Titres

Parliament
Dust Of Heaven
Forgotten Garden
Near The End Of The World
Carrier Pigeon
Mexico
Mexico, Pt. 2
Moonshot Falls
May Day
Wombara
Lost In Space
Silent As Gold
Elisabeth
An Eye for an Eye (Bonus Track)


Peter Von Poehl est un grand voyageur qui a fini par trouver un port d'attache artistique en France. Le frêle suédois nous avait déjà titillé agréablement les oreilles avec Going To Where The Tea-Trees Are, son premier album sorti en 2006. Le voilà de retour aujourd'hui avec un nouvel opus qui marque sa différence.

Déjà sur ce premier album, il était difficile d'étiqueter le suédois. Ni réellement Pop, trop mélancolique pour ça, ni vraiment Rock, trop sensible pour ça, il était quelque part où peu d'artistes s'aventurent. Peter Von Poehl est un rêveur, une sorte de poète voyageur comme on n'en fait plus. Sa musique est douce et coule comme un baume apaisant sur une blessure. Parfois même trop, au risque d'en devenir presque soporifique. Mais avec ce nouveau May Day, le blond Peter a vu arriver le printemps (May Day, c'est le 1er mai) et sa musique s'en trouve transformée. Aujourd'hui, la musique de Peter Von Poehl me fait de plus en plus penser à une autre référence nordique, je veux bien sur parler des Nits. Comme eux, il écrit de magnifiques mélodies sans le moindre effort apparent. Comme eux, il émaille ses chansons de multiples références discrètes sans jamais s'en encombrer vraiment, juste en passant. Comme eux, il préfère esquisser et suggérer que montrer ou affirmer. Dans le monde de la musique d'aujourd'hui, c'est une caractéristique devenue rare. Et puis surtout, comme avec eux encore, on prend un plaisir inattendu à écouter ces chansons qui malgré leur petit air léger finissent toujours par prendre toute la place. May Day est le genre d'album qu'on réécoute en boucle sans se fatiguer.

Que ce soit le single Parliament, sûrement le titre le plus enjoué, le délicieux Forgotten Garden ou Elisabeth et son parfum amoureux, les chansons de Peter Von Poehl possèdent toutes un charme évident. Elles paraissent immédiatement proches, intimes même, comme si un ami était en train de nous parler. Mais elles sont surtout différentes. Dans le paysage actuel, personne de ressemble à notre suédois. Encore moins aujourd'hui, au moment où il s'ouvre sur le monde et où il semble écrire ses chansons en pensant aussi aux autres. Cette différence tient avant tout à la façon dont les chansons sont agencées et au choix de l'instrumentation. A la base de simples Popsongs plutôt fragiles, l'ajout d'instruments utilisés de façon atypique leur donne souvent une couleur surprenante. Prenez Dust Of Heaven avec cet accordéon dont on a bien mal à reconnaitre le son ou Near The End Of The World et son final cuivré, Carrier Pigeon et son saxo ténor qui surprend au milieu de cette chanson limpide. Il y a aussi toutes ces cordes ou ces instruments à vent qui tapissent souvent le décor sans jamais l'envahir. Tous ces petits ajouts ne sont peut être que des détails mais ce sont eux qui rendent la musique de Peter Von Poehl si particulière, si différente. Parce que finalement, sa musique est uniquement affaire de détails, de petits détails intimes et touchants qui en font tout le charme.

Et puis il y a aussi ce don évident pour les mélodies haut de gamme (Moonshot Falls, le si fragile Silent As Gold) qui sont mises en valeur par cette recherche de l'instrumentation idéale, du son qui se mariera idéalement avec le reste (May Day). On le devine perfectionniste, attentif à tout, tellement cette harmonie ne peut pas être le fruit du hasard mais le résultat d'un travail acharné. Finalement, le mot qui correspond sûrement le mieux à la musique de Peter Von Poehl est sûrement celui là : harmonie. Une musique qu'on ne se lasse jamais d'écouter, parce qu'elle fait un bien fou. En toute simplicité.


Pour plus d'nformations, le site officiel :
www.petervonpoehl.com

Et la vidéo de Parliament

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