12 décembre 2005
Oceansize nous offre un album qui qui ouvre des portes pendant que les Têtes Raides durcissent le ton.
Oceansize : Everyone Into Position

Titres
The Charm Offensive
Heaven Alive
A Homage To A Shame
Meredith
Music For A Nurse
New Pin
No Tomorrow
Mine Host
You Can't Keep A Bad Man Down
Ornament / The Last Wrongs
Tout est dit à travers leur nom et le titre de l’album.
Tenez vous prêt pour un groupe vaste comme l’océan. Et le pire, c’est que c’est
à peine exagéré. J’ai rarement entendu une musique aussi ambitieuse et réussie
que celle là. En fait, il suffit de lire la liste des musiciens qui ont
influencés les membres du groupe pour comprendre un peu mieux de quoi il
s’agit. De leur propre aveux, leurs goûts musicaux englobent des choses aussi
diverses et variées que Pink Floyd, Black Sabbath, Can, Jane's Addiction, The Verve,
Swervedriver, The Beach Boys, Nine Inch Nails, Gong, entre autres. La musique
d’Oceansize pourrait ressembler à l’addition de tout ça, ou plus exactement au
mélange de tout ça et de bien plus encore. Du coup, Everyone Into Pösition est un album totalement inclassable, nous
faisant voyage d’une musique qui croise le Metal en passant par le meilleur
Post Rock ou le Rock Progressif, et tout ça à l’intérieur de chaque chanson.
Impressionnant. Leur musique donne une impression de beauté calme et sereine,
même dans les passages les plus tourmentés. On a toujours cette impression de
lenteur, de mouvement ralenti, qu’on ne peut voir qu’en état d’apesanteur ou dans
l’élément liquide. Encore un point commun avec l’océan.
En plus de ça, Oceansize s’impose une écriture complexe et
ambitieuse qui donne des morceaux à tiroirs et à géométrie variables qu’on va
mettre un certain temps à explorer. Mais en même temps, malgré sa complexité,
leur musique est facile à écouter et encore plus facile à aimer. Les morceaux
sont longs mais semblent ne durer que peu de temps. L’album dure plus d’une
heure mais il donne l’impression de passer comme un rêve. En bref, ce disque
tient du miracle. Parce qu’il invite à un voyage rare et spectaculaire. Un peu
à la manière d’Isis, mais en nettement moins Metal, Oceansize est en train de
s’inventer un monde qui n’appartient qu’à lui, fabriqué de toute pièce à partir
de tout ce qui leur est passé par les oreilles depuis leurs naissance. On a
l’impression de reconnaître des choses, mais c’est généralement pour des
ambiances ou des détails. Les trois guitaristes (rien que ça) ne jouent jamais
pour eux même, mais pour le collectif (je sais, j’ai piqué la phrase à Aimé
Jacquet). Ils tissent un maillage dense et complexe qui donne des résultats
éblouissants, des atmosphères qui laissent muet. On retrouve au grès des
chansons des traces de Black Sabbath, pour les riffs lourds (The Charm Offensive), de Cure période Desintegration (Meredith), de psychédélisme noisy (A Homage To A Shame) et même de Sigur Ros (Music For A Nurse). Mais l’ensemble des chansons possède une totale
originalité qui ne ressemble à personne d’autre. The Charm Offensive est une lente montée en puissance, entre
ruptures de tons et changements de rythmes, entre passages de nappes planantes,
guitares aériennes et riffs lourds. Magnifique et déjà irrésistible. La
technique et l’écriture sont impressionnantes. Le single Heaven Alive dévoile une autre facette, avec cette basse centrale
imposante et ces guitares qui gravitent et virevoltent autour, pour donner le
morceau sans doute le plus Pop de l’album. A
Homage To A Shame est le seul morceau réellement Metal, mais là encore, sa
structure toute en faux plats le rend différent. Que dire du magnifique Meredith qui revisite le spleen des Cure
sans avoir l’air d’y toucher. A côté de ça, You
Can'T Keep A Bad Man Down explore des endroits où personne ne semble s’être
aventuré avant eux sauf Pink Floyd peut être, une sorte de Metal Progressif totalement
libre et imprévisible. Après la tempête, Ornament
/ The Last Wrongs calme un peu le jeu et nous emmène en apesanteur à la
manière d’un Grandaddy qui s’autoriserait enfin quelques dérapages incontrôlés.
Et c’est franchement beau.
Pour moi, Oceansize nous offre l’un des albums les plus
novateurs et inventifs de l’année. Une musique dense et complexe, mais jamais compliquée,
toujours accessible. Ce qui prouve bien que la l’exigence et la qualité ne seront
jamais les ennemis du plaisir. Un des achats indispensables de cette année
2005. Chapeaux bas.
Pour plus d'nformations, le site officiel :
www.oceansize.co.uk
Têtes Raides : Fragile
Titres
Je Préfère
Fragile
Je Voudrais Pas Crever
Latuvu
L'Oraison
Je Préfère Comprendre
We Gonna Love Me
Lové-Moi
Constipé
Le Raccourci
Houba
Les Animaux
Chanson Pour Pieds
Je Comprends
De Kracht
Ce neuvième album studio des Têtes Raides marque une étape
importante. D’abord parce qu’ils ont repris les choses en mains en retournant volontairement
vers l’autoproduction. Histoire d’avoir les mains aussi libres qu’à leurs
débuts. Plus aucun compte à rendre à une quelconque major du disque. Quand on
connaît leurs opinions en général et leurs engagements politique et sociaux en
particulier, le groupe suit une logique sans faille. Comme d’habitude
finalement. Parce ce que ce groupe a toujours créé sans jamais faire de
concessions, droit dans ses bottes. C’est le public qui a fini par suivre en
masse. L’industrie du disque s’est adaptée, bien obligée. Le succès des Têtes
Raides a largement facilité l’émergence de groupes comme la Rue Ketanou, Tryo
ou Les Hurlements d’Léo, entre autres.
Comme à leurs débuts, les Têtes Raides sont libres. Et c’est
n’est forcément pas un hasard si Fragile
renoue plus avec le Punk des débuts qu’avec tout ce qui a suivi depuis et que
Denis Barthe (de Noir Désir) assure une production compacte et musclée. Comme
si le groupe avait fini de boucler la boucle. Cet album risque donc de
surprendre ceux qui ont pris le train en route, tous ceux qui ne connaissent
pas les Têtes Raides de l’époque Not Dead
But Bien Raides. Exit l’accordéon de Christian Olivier et bonjour les
guitares speedées et rageuses. Le monde va de plus en plus mal, il est de plus
en plus dur. Les Têtes Raides le disent à leur façon en durcissant le ton et aussi
les mots. Il n’y a qu’à écouter les paroles, elles n’ont jamais été aussi dures
et sombres. La poésie décalée des précédents albums est loin, cette fois les
mots frappent aussi fort que les guitares et la batterie. Prenez le single Fragile par exemple. Ce morceau là, on
ne l’écoute pas, on se le prend en pleine poire plutôt. Pour info, le clip de
ce morceau a été refusé par toutes les chaînes, qui le trouvaient trop dur et choquant
(vous pourrez le voir sur le site du groupe, c’est le seul endroit où il sera
visible). C’est vrai qu’il est dur, mais pas plus que les paroles de la chanson,
pas plus que la vie dont il parle. En fait, contrairement aux précédents, cet
album des Têtes Raides n’est pas à mettre entre toutes les oreilles.
Personnellement, ce disque là me rend un peu mal à l’aise, parce que même sur
les morceaux de tendance humour et second degré (Latuvu, Houba), on sent
que la joie n’est plus vraiment là. On a l’impression que l’espoir n’est plus
là et que le cœur n’y est plus vraiment non plus. Le noir domine tout.
Mais Fragile est
tout sauf un mauvais disque. On y trouve beaucoup de chansons très fortes,
parmi les plus marquantes depuis longtemps je pense. Mais elles font mal, parce
qu’on y sent plus de désespoir que d’envie de déplacer des montagnes, comme
c’était le cas avant. Fragile est
certainement un des hymnes en français les plus cassants sur le thème de la vie
et de la mort. Et un de leurs meilleurs titres. Partout, on retrouve côte à
côte les sons des albums précédents et le Punk des débuts, comme sur ce
Je Voudrais Pas Crever, bien noir lui aussi. Latuvu fait figure de ballon d’oxygène (gris
quand même), sorte de suite délirante du Tékitoi
écrit avec Rachid Taha (qu’on retrouve d’ailleurs en invité sur cette chanson,
aux côtés de Didier Wampas). Le seul morceau qui détend réellement les
zygomatiques s’appelle We Gonna Love Me,
un Rock caricatural où l’accent anglais de Christian Olivier enlève tout
complexe, même aux plus mauvais d’entre nous. C’est bien simple, même si on ne
parle pas un mot d’anglais, on comprend tout. Mais comme je le disais plus
haut, ce disque là contient aussi des chansons impressionnantes, comme L’oraison dont la tension vous prend aux
tripes ou encore Constipé (bien vu,
le lien avec les tripes ! Pas fait exprès, je viens de le voir en
relisant.), constat désabusé sur l’état de la France, mais futur hymne scénique,
Le Raccourci qui devrait aussi
trouver toute sa dimension en live. Et là, partout, les guitares prennent tout
l’espace, avec des cuivres nettement plus rageurs que par le passé. Avec Les Animaux, on a même droit à une
petite chanson Folk écolo étrangement classique et simple, quand on connait le
groupe. Le disque se termine en une apothéose destroy bien dans l’esprit
général du disque, par De Kracht, en
collaboration avec le groupe néerlandais The Ex.
Pour moi, Fragile
est l’un de leurs albums les plus étonnants. Avec un peu de recul, il sera
sûrement un des plus marquants de leur carrière. C’est à coup sûr leur album le
plus noir et leur plus désespéré. C’est peut être justement ce qui le rend si beau et si fort.
Une beauté vénéneuse et tenace, qui vous colle à la peau.
Pour plus d'nformations, le site officiel :
www.tetes-raides.tm.fr
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