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12 mars 2007



Arcade Fire : Neon Bible


Titres

Black Mirror
Keep The Car Running
Neon Bible
Intervention
Black Wave/Bad Vibrations
Ocean Of Noise
The Well & The Lighthouse
(Antichrist Television Blues)
Windowsill
No Cars Go
My Body Is A Cage


Rarement j’ai attendu un album avec autant d’impatience. Funeral est pour moi un des plus grands albums de l’histoire du Rock et un de ceux qui comptent le plus pour moi. Je n’avais plus ressenti ce grand frisson depuis des albums du niveau de Unknown Pleasures de Joy Division ou 17 Seconds de Cure, pour ne citer que les deux premiers qui me viennent à l’esprit.

Mais quand on aime un album à ce point là (je crois qu’il ne s’est pas passé une seule semaine sans que je l’écoute depuis sa sortie), quand un album vous marque autant que celui là, on n’imagine pas vraiment que la suite puisse être du même niveau. On en rêve forcément, mais sans y croire plus que ça. Et pourtant, la découverte il y a quelques semaines de Intervention, premier titre tiré de Neon Bible faisait de nouveau ressentir ce frisson que seule la musique de ce groupe là est capable de donner. J’avais essayé de suivre la création de l’album à travers les rares messages de Win Butler sur le site du groupe et les divers bruits qui flottaient sur le net. Je savais que le groupe enregistrait dans une église, seul endroit où Win Butler avait réussi à trouver le son qu’il avait en tête, un son ample et puissant qu’aucun artifice de studio n’arrivait à rendre. Et quand on écoute Intervention, on comprend enfin ce que le groupe cherchait. Ce son d’orgue incroyable qui vous prend aux tripes, ce chant qui semble toujours aussi désespéré et cette mélodie qu’on n’oubliera jamais. Tout est là. Le Arcade Fire nouveau est enfin arrivé et il est au-delà de toutes mes espérances. Moins brut et instinctif que Funeral, Neon Bible est l’album de la maturité. Cette fois, le groupe a pris le temps de construire patiemment son puzzle, de construire ses chansons. Ca aurait pu étouffer cette créativité débridée qu’on aimait tant sur le premier album. Au contraire, cette recherche de la perfection sur chacune des chansons ne gâche rien. Les chansons sont toujours aussi belles, les ambiances toujours aussi tendues. Ce qui a changé, c’est l’habillage, les orchestrations plus travaillées. Et puis il y a ce son d’une ampleur et d’une profondeur surprenante qui donne un côté presque mystique.

Et ce nouveau son, on le ressent dés Black Mirror, chanson très sombre aux cordes triomphantes. La suivante, Keep The Car Running ressemble plus au Arcade Fire qu’on connaissait, avec ce mélange d’instruments en tous genres (ici on a droit à une vielle à roue jouée par Régine Chassagne) sur une rythmique qui s’emballe. Arrive ensuite le titre le plus sombre et personnel de l’album. Neon Bible ne ressembla pas vraiment à ce que le groupe nous offre d’habitude. Il fait presque froid dans le dos. J’ai déjà parlé de Intervention, mais j’en rajoute encore une couche pour vous dire que cette chanson me parait vraiment énorme. Quand à Black Wave/Bad Vibrations, elle a deux visages, un premier presque mystique chanté par Régine avec toujours quelques phrases en français et l’autre qu’on pourra qualifier de « classique », chanté par Win. Beau, très beau. Un des grands moments de l’album. Tout juste suivi par un autre pur chef d’œuvre : Ocean Of Noise, une mélodie dépouillée à la beauté intemporelle qui se termine sur une superbe mer de cuivres. Et c’est encore une fois l’occasion de se rendre compte que la musique d’Arcade Fire semble ne rien devoir à personne et qu’elle se nourrit d’elle même. Il est toujours aussi impossible d’évoquer une référence ou de trouver quelle est sa source. Pour moi, c’est ce qui en fait un groupe réellement important. Un groupe tout aussi capable de vous émouvoir aux larmes que de vous éblouir avec le magistral The Well & The Lighthouse, un des singles potentiels les plus étincelants de l’année. (Antichrist Television Blues) pourrait presque être une chanson Country quasiment ordinaire, si elle n’était pas habité (je dirai presque hantée) par la voix de Win Butler, ce qui change définitivement le résultat final. Windowstill est une autre de ces chansons qui rappellent l’univers de Funeral, avec encore ce divin mélange de cuivres et de cordes. On retrouve ensuite No Cars Go, titre déjà présent sur leur premier EP, mais complètement réorchestré. La chanson s’en trouve totalement changée et en devient une véritablement bombe de Pop Indie qui file comme le vent. Et comme cet album est définitivement parfait de bout en bout, Arcade Fire nous réserve un énorme moment avant de nous laisser retourner dans le monde réel. My Body Is A Cage est sans doute ce que le groupe a écrit de plus sublime depuis ses débuts. Une chanson qui vous chavire le cœur tout en vous retournant le cerveau, avec une lente montée en régime qui se termine en apothéose, portée encore par cet orgue qui emplit tout l’espace.

Dire que j’ai aimé Neon Bible serait bien faible. Arcade Fire a réussit l’exploit de nous offrir un second chef d’œuvre après un premier opus déjà impérissable. Ce groupe est immense et je n’ai pas fini de me plonger dans son univers. L’album de l’année. A coup sûr.


Pour plus d'nformations, le site officiel : www.arcadefire.com


Cold War Kids : Robbers & Cowards

Titres

We Used To Vacation
Hang Me Up To Dry
Tell Me In The Morning
Hair Down
Passing The Hat
Saint John
Robbers
Hospital Beds
Pregnant
Red Wine, Success!
God, Make Up Your Mind
Rubidoux


Encore un nouveau groupe américain pour lequel la critique est carrément unanime. On peut lire n’importe quel critique de ce Robbers & Cowards, en provenance de n’importe quel pays, l’avis est à peu près le même partout. Les Cold War Kids sont impressionnants. Inventifs et maîtrisant parfaitement leur sujet, ils inventent une des Pop Indie les plus intéressante du moment. Ca c’est pour le rayon critique des professionnels de la musique. Et puis il y a nous, ceux qui ne vivent pas de la musique, mais qui en écoutent et qui adorent ça. Et là, à mon avis ça se complique quand même un peu. En tous cas, le tableau me parait un peu moins idyllique.

Ce n’est pas que je ne suis pas d’accord avec toutes ces louanges. Ce groupe là est techniquement brillant, ses compositions sont à la fois abordables et pleines de surprises, de chausses trappes et de choix inattendus. Une musique forcément passionnante pour tout amoureux de Pop qui ose sortir des sentiers battus. Mais pour les autres, tous les autres, l’étalage technique de Robbers & Cowards sera juste décourageant. Parce ce qu’avec ce disque là, l’auditeur ne peut pas franchement se contenter d’être passif et d’écouter ça d’une oreille discrète. Il faut se forcer un peu pour entrer dans ce labyrinthe mélodique et en apprécier enfin toutes les nuances. Autant dire que ce ne sera pas le cas de tout le monde et que pas mal de gens attirés par les critiques élogieuses risquent d’être déçus par la première écoute de cet album pour le moins complexe et touffu. Robbers & Cowards est typiquement le genre d’album qui risque de prendre la poussière sur une étagère. Malgré toutes ses qualités. Et de ce côté-là il y en a vraiment à revendre. Je comprend un peu tous ces critiques qui craquent devant ce disque là, qui est un vrai travail d’esthètes de la Pop. mais en même temps je continue à me placer dans la peau de l’auditeur lambda (que je suis aussi) et je me dis que c’est quand même souvent un peu trop.

En fait, j’ai l’impression que les Cold War Kids en rajoutent volontairement des tonnes dans la complexité, juste histoire d’être sûr de surprendre et d’étonner. Juste pour sortir des sentiers battus et ne pas ressembler aux autres. Sur ce point, comme on le sait, l’objectif est largement atteint. Et pourtant, j’ai comme l’impression que ce choix fait plus de mal que de bien aux chansons de Cold War Kids. On sent dès la première écoute que ce groupe là possède un potentiel énorme et pourrait faire vraiment l’unanimité. On s’en rend compte à travers les titres les moins alambiqués (We Used To Vacation, l’excellent Hang Me Up To Dry qui rappellerait presque Arcade Fire ou Saint John qui sent bon les White Stripes). Le spectre musical des Cold War Kids est immense. Il passe par tout ce qui a pu faire grandir le Rock ou la Pop des quarante dernières années, avec en premier lieu, encore et toujours les beatles. Pour le sens de la mélodie et pour l’inventivité permanente. Parce que concernant les mélodies, ce groupe là est assez énorme (Robbers). Mais encore une fois, les mélodies se retrouvent comme camouflées sous des couches expérimentales ou arty à mon avis assez inutiles. Le talent est là, il saute aux yeux et aux oreilles. Alors, comme dirait l’autre; c’est pas la peine d’en rajouter.

Robbers & Cowards est donc plus un exercice de style brillant que l’album génial qu’on nous promet partout. Pas une raison suffisante pour passer à côté, mais on pourra pourtant se contenter d’attendre la suite de ce disque, en espérant que le groupe ait choisi entre temps la voie de la simplicité. C’est ce qui pourrait leur arriver de mieux.


Pour plus d'nformations, le site officiel :
www.coldwarkids.com


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