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4 février 2008



Beirut : The Flying Club Cup


Titres

Call to Arms
Nantes
Sunday Smile
Guyamas Sonora
Banlieue
Cliquot
Penalty
Forks and Knives (La Fête)
In the Mausoleum
Dernier Verre (Pour La Route)
Cherbourg
St. Apollonia
Flying Club Cup


A tous ceux qui recherchent avant tout le beau geste et l'émotion : jetez donc une oreille à Beirut. Parce que les deux ne sont pas forcément inconciliables. Oui, une musique peut être belle ET gorgée d'émotion. C'est rare, je vous l'accorde, mais ça existe. En ce qui me concerne, j'avais totalement raté le premier album de Beirut. J'ai bien failli passer à côté de celui là aussi. Et là, si j'avais croisé sa route dans quelques années, par hasard, je m'en serais voulu à mort. Ce début 2008 ressemble pour moi à une succession de coups de cœurs assez inattendus. Après Burial et Yeasayer, c'est au tour de Beirut. The Flying Club Cup est aussi sorti fin 2007, mais il n'est pas trop tard pour en parler.

Beirut est exactement ce que j'avais envie d'écouter en ce moment. La musique dont je rêvais sans même savoir qu'elle existait. Une sorte de synthèse d'artistes qui m'ont tous beaucoup marqués ces dernières années. Chez Beirut, on trouve l'exigence mélodique de Divine Comedy, les envolées vocales et l'émotion à fleur de peau de Jeff Buckley, l'exploration instrumentale d'un Yann Tiersen, mais aussi la liberté de ton et la puissance d'évocation d'Arcade Fire. On trouve un peu de tout ça, mais sous d'autres formes. The Flying Club Cup contient des chansons d'un genre nouveau, une sorte de Folk hybride, une musique du voyage. Les instruments d'abord, tous acoustiques, du genre qu'on peut utiliser partout et tout le temps, avec une nette prédilection pour les cuivres de toutes sortes, ce qui donne à l'ensemble un côté fanfare très inhabituel. La voix ensuite, celle de Zach Condon, maitre de cérémonie et chanteur du groupe. Un timbre entre Jeff Buckley et Neil Hannon, elle est capable d'atteindre des sommets émotionnels rarement entendus. La musique de Beirut est affaire de détail, elle semble faite de bric et de broc, comme ces fanfares de cirques. En mouvement perpétuel, toujours sur le départ, j'ai toujours trouvé qu'elles dégageaient un côté un peu triste. Beirut dégage un peu cette atmosphère là. Mais rien n'est laissé au hasard, on sent bien qu'ici tout est élaboré au millimètre près. La valse triste de A Sunday Smile est un chef d'œuvre dans ce genre là, la chanson commence par nous faire tourner la tête lentement, puis les instruments arrivent petit à petit, rejoints par d'autres, puis encore d'autres, le rythme s'accélère et on finit par perdre le fil, par fermer les yeux, par délice et parce qu'on ne sait plus trop où on se trouve tellement c'est beau. On rouvre à peine les yeux et on découvre Guyamas Sonora, autre voyage incroyable, du côté des orchestres mariachis. C'est peut être même encore plus beau. Et puisqu'il est dit que Zach Condon semble capable de se surpasser en permanence, In the Mausoleum ressemble à la cerise sur le gateau. Une architecture complexe et totalement renversante.

Si on en juge par les titres des chansons, Zach Condon a apparemment trainé du côté de la France pour écrire ce nouvel album (Nantes, Banlieue, Cliquot, Cherbourg ou Dernier Verre Pour La Route), mais rien dans ses chansons ne rappelle notre pays, sauf éventuellement ces rythmes de valse ici ou là. D'ailleurs, la musique de Beirut ne rappelle rien de précis. Si, peut être un léger parfum d'Europe Centrale lié aux violons et aux cuivres, mais rien de plus. Juste un léger parfum parfois proche de ce que propose Emir Kusturica avec sons No Smoking Orchestra. Le reste est inclassable. La musique de Zach Condon a ce pouvoir finalement assez rare de faire ressurgir des souvenirs enfouis, de rappeler des sons ou des odeurs d'enfance, des beaux moments oubliés.

Après ça, on se frotte les yeux, on se demande si ce qu'on vient de vivre est bien vrai, si autant de beauté et de simple humanité peuvent tenir dans aussi peu de notes, dans ces quelques chansons toutes simples. On se demande si on doit rire ou pleurer. Et on réécoute. Et on se dit que c'est aussi beau que la première fois, que ça nous touche juste là où ça fait mal. Et puis on s'aperçoit que c'est juste la mise en musique de nos peines, de nos espoirs, de nos rêves et des désillusions qui les accompagnent souvent. Alors, au final c'est mieux que beau, c'est universel. C'est la vie. A 21 ans et quelque, Zach Condon s'impose déjà comme un compositeur rare et The Flying Club Cup est de ces bois précieux dont on fait les chefs d'œuvre. Impérissable et indispensable.


Pour plus d'nformations, le site officiel : www.beirutband.com

Et des films de toutes les chansons de l'album dans des versions live 100% acoustiques. Magique et à découvrir d'urgence !!! : ICI




Daniel Darc : Amours Suprêmes

Titres

Les Remords
J'irai Au Paradis
L.U.V.
Un An Et Un Jour
La Seule Fille Sur Terre
Ca Ne Sert A Rien
Amours Suprêmes
La Vie Est Mortelle
Serais-Je Perdu
Environ


C'est l'histoire d'un type qui revient de loin. L'histoire d'un beautiful loser à la française, d'une sorte de poète maudit. Sauf qu'en France, les beautiful losers, on ne les admire que quand ils viennent de l'autre rive de l'Atlantique. Quand ils sont nés ici, on s'en fout, ils sont juste des losers. Daniel Darc est bien placé pour le savoir. Il n'était pas le premier dans son genre et d'autres suivront encore. D'autres se cogneront aux mêmes mûrs et devront faire face à la même indifférence. Et ils risqueront tout autant de tomber au fond du trou. La grande force de Daniel Darc par rapport aux autres, c'est d'être revenu de tout ça, d'avoir réussi à sortir du trou. Et son plus grand mérite est d'avoir fait de son retour un des rares moments de flamboyance qu'à connu le Rock français ces dernières années. Crève-cœur est un disque inoubliable. Justement parce qu'il venait de nulle part et tenait du miracle. Amours Suprêmes, c'est forcément autre chose. En tous cas ça devrait l'être.

Ca commence d'ailleurs par un plan marketing que Daniel Darc n'a peut être même pas connu au temps de Taxi Girl. De la pub partout, des CD en têtes de gondoles et la mise en avant de cette gueule unique, définitivement marquée par une vie qu'on qualifiera de " bien remplie ". Amours Suprêmes, c'est le grand retour, attendu cette fois, du beautiful loser. Et c'est peut être bien ce qui gène, cette fois ci. Tout ce battage médiatique lui correspond tellement peu que je trouve tout ça quasiment déplacé. Daniel Darc qui n'a jamais eu quoi que soit qui ressemble à un plan de carrière se retrouve attendu eu tournant du prochain album. Ca fait un peu bizarre. Comme s'il rentrait dans le rang. Comme s'il devenait un artiste comme les autres. Ca doit lui filer des boutons…

Difficile donc d'écouter Amours Suprêmes sans avoir tout ça en tête. Difficile aussi de ne pas le comparer au miracle Crève-cœur. Et pourtant, quand on l'écoute, la comparaison devient obligatoire. Parce qu'il faut bien avouer que ce nouvel album ressemble fort au précédent. Daniel Darc s'est de nouveau associé avec le même Frédéric Lo qui se charge de toutes les musiques. Pas de surprise de ce côté donc. On retrouve les mêmes ambiances mid tempo, mi intimes mi complices. Le chant de Daniel Darc est toujours plus parlé que chanté, de plus en plus proche d'un Serge Gainsbourg. Les thèmes tournent toujours autour de l'échec, de la rupture, de la rédemption. Pour Daniel Darc, la vie ne se vie pas seulement, on doit l'affronter pour arriver à faire avec. C'est un combat quotidien. En attendant la fin. Le single J'irai Au Paradis ne dit pas autre chose " Quand je mourrai j'irai au Paradis, c'est en enfer que j'ai passé ma vie ". Les chansons de ce nouvel album sont dans l'ensemble plutôt bonnes, surtout le trio de tête avec Les Remords et surtout L.U.V. en duo avec Alain Bashung. Voilà une chanson au charme étrange, à la fois lascive et sournoise, bien dans le style Bashung qui a su y ajouter sa patte si personnelle. Mais en dehors de cette chanson là, il manque toujours cet effet de surprise tant attendu et qui ne viendra pas. Retenter l'expérience avec Frédéric Lo pour donner une suite à Crève-cœur était forcément tentant. Mais c'était aussi la solution de facilité. On tombe pourtant encore sous le charme de ces nouvelles chansons, notamment Un An Et Un Jour et ces superbes paroles " Un an et un jour mon amour, si personne ne t'a réclamé, je viendrai te chercher ", La Seule Fille Sur Terre qui rappelle plus que jamais Serge Gainsbourg ou La Vie Est Mortelle. Oui, mais Amours Suprêmes nous rappelle forcément quelque chose. Et si on compare, il ne soutient pas la comparaison avec la grâce de Crève-cœur. On regrette l'absence de nouveauté, de prise de risque. Tout ce qu'on est en droit d'attendre de quelqu'un comme Daniel Darc. Tout ce qui fait que Daniel Darc est différent du commun des mortels. Mais pourtant, on se contentera de cet album en attendant de nouveaux sommets à venir.


Pour plus d'nformations, le site officiel :
danieldarc

Et une une interview en vidéo : ICI





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