Le couvent de Neubourg avait pris plusieurs champ aux
villages voisins. Et pendant bien longtemps entre le couvent et les villages, la
funeste chicane exerça ses ravages. De procès et de leur fatras, les pauvres
paysans à la fin furent las. Et tous d’un accord unanime aux terres, leur bien
légitimes, résolurent de renoncer, si le prieur, vêtu des grands habits de
prêtre, sur les champs contestés osait bien prononcer le serment solennel qu’il
s’en croyait le maître.
Au nom de son couvent le prieur accepta.
Quand vint le jour fixé tout à chacun assista, dans ses plus beaux habits, à la
cérémonie qui devait mettre fin à la zizanie. Devant les paysans s’avança le
prieur, orné des grands habits de fête :
« J’en atteste », dit-il, « le grand dispensateur au dessus de ma tête, la terre
que je foule appartient au couvent!»
Quand le peuple entendit le prieur impudent, la stupeur se peignit par un
profond silence. Puis tout à coup quelqu’un vers le moine s’élance, enlève son
bonnet et son grand capuchon, devant les gens surpris en retire un pochon, qui
servait au couvent à dispenser la soupe, puis avec l’aide de la troupe des
paysans et des fermiers, il vient arracher les souliers du prieur effaré. La
chaussure du père renfermait de la terre qu’il avait prise au jardin du couvent
! On compris seulement l’insidieux serment, et tous les villageois de tomber sur
le moine. On l’assomma. Son corps fut jeté dans l’étang. A l’endroit baigné de
son sang, s’élève la « croix de l’avoine. »
Si le soir vous passez auprès de cette croix, pour peu que vous quittiez joyeuse
compagnie, du malheureux prieur vous entendrez la voix répéter le serment
empreint de félonie. Puis vous sentez s'embarrasser vos pas, vous marchez et
n'avancez pas.
Aussi ne vous servez jamais de subterfuge pour vous approprier les terres du
prochain.
Le champ que par fraude on s'adjuge jamais ne produit de bon pain; et puis....
auprès de la bouteille ne vous attablez pas trop avant dans la nuit, sans cela
le prieur qui veille vous attend et vous reconduit.