Jadis, les hivers étaient particulièrement rudes et à Noël,
neige et glace recouvraient toute l'Alsace. Venus de la plaine et des vallées,
du Nordgau comme du Sundgau, affamés et transis, les oiseaux s'étaient réunis en
vols serrés pour rejoindre l'abri de la vallée du Tannenberg, là où la bise et
le froid ne pouvaient les atteindre aussi rigoureusement.
Ils se tenaient donc agglutinés sous les branches des sapins, silencieux,
malheureux.
La
nuit de Noël, la dame de Linange descendit en traîneau dans la grande vallée,
pour entendre la messe de minuit. Sur le chemin du retour, son valet ne put
empêcher le cheval de se diriger vers le petit vallon, puis de s'y arrêter.
Alors, la noble dame vit le malheureux peuple des oiseaux agrippés aux branches
glacées. Seuls les hiboux, les grands-ducs et les chouettes soupiraient et
chuintaient. Les fauvettes et les merles, les pinsons et les mésanges, les
rossignols et les moineaux et même les corbeaux gardaient un silence plaintif en
attendant le jour. La dame en eut le cœur serré. Rentrée au château, elle
ordonna que l'on portât secours aux oiseaux. De bon matin, elle et ses valets
retournèrent donc au vallon et aménagèrent aux oiseaux des mangeoires pleines de
gerbes de blé et surtout des abreuvoirs remplis d'eau tiède. Tous les oiseaux,
petits ou grands, se précipitèrent sans crainte vers cette manne.
Ensuite, ils rejoignirent le couvert des branches et se mirent à chanter leur
joie et leur reconnaissance. Au même moment le soleil apparut pour les
réchauffer. Alors, ils entonnèrent tous ensemble l'air d'un cantique de Noël, en
l'honneur de la dame. Et ce chant fut, sans conteste, le plus beau et le plus
pur jamais chanté en Alsace!La châtelaine revint chaque jour de ce long hiver
afin de nourrir ses petits protégés emplumés et chanteurs. Au printemps, ils
s'envolèrent enfin chacun vers son nid. Mais la belle dame garderait toujours en
son cœur, le souvenir de ce chant merveilleux du matin de Noël...