Près de Ruelisheim au Cabaret On boit en jouant le piquet.
On triche, on se dit mainte injure. On crie on blasphème, et l’on jure. On fait
un bruit si fabuleux que cela devient scandaleux :
« Dieu me damne ! Dieu m’enterre, jouons, buvons à plein verre ! Dieu me … »
Tous ces jurements, font peur aux honnêtes gens.
« Messieurs, assez de débauche ! N’entendez vous pas la cloche ? aux vêpres il
faut aller ! »
« Non, je m’en vais m’installer, près d’une chopine entière ! Dieu me damne !
Que la terre s’ouvre sous moi, » dit Henri « si je sors de cet abri ! »
La cloche cesse. Le tonnerre vient l’interrompre.
Sous la terre s’enfonce alors le cabaret, avec le joueur de piquet !
Le passant aujourd’hui ne trouve sur la place, ni cartes, ni vin blanc, car il
ne reste trace d'auberge ou cabaret! Le pâtre seul y va conduire ces moutons, et
lui vous le dira « Depuis le jour fatal cette place est maudite, et jamais plus
humain n’y bâtira son gîte ! Aussi, croyez-le, jeune gens, la débauche et
l'ivrognerie, le blasphème et les jurements, les cartes et la tricherie ne sont
que des emportements dignes de mauvais garnements ».
En homme sensé, moi j'opine. Que mieux vaut, pour de bons garçons, chanter
auprès de leur chopine les joyeux airs de nos chansons.
D’après Charles Berdellé.