A Wangen, l'angélus sonne. Soudain,
surgissant de nul part, on les aperçoit, assis là , sur le mur du cimetière,
mystérieux, avec leurs yeux écarquillés qui scintillent dans le crépuscule. Ils
restent lovés là , immobiles.
L'histoire commence pendant l'effroyable guerre de Trente Ans. En 1643 une
troupe de soldats français à pris place forte dans le château de Wangen. La
nourriture, qui était rare pour le peuple dans cette longue guerre, devint
encore plus rare. Pourtant, ce n'est pas le grain qui manquait. Les soldats
avaient pillé toutes les réserves environnantes, réquisitionnant aux habitants
leurs stocks de nourriture. À Wangen tout cette récolte fut amoncelé dans les
greniers du château; Ces vivres étaient réservés à la troupe, et les pauvres
gens commençaient à crier famine. Le Schultheiss [maire du village] alla trouver
le magicien du village, qui habitait devant la porte basse de la ville avec sa
femme.
«Que faire devant tant d'injustice et de misère?» lui demanda-t-il.
Le vieil homme écouta longuement les doléances du dignitaire et le rassura.
« Bientôt une armée de souris se répandra dans la ville. Ne leur jeté pas la
pierre et ne les chassé pas de vos balais. Ces animaux seront là pour vous
aider. Revenez dans huit jours et vous aurez tous les grains nécessaires!
»
Le lendemain le capitaine des troupes vint se plaindre chez le maire.
«Nous sommes envahis par une multitude de souris qui dévorent notre grain. Les
villageois doivent se mobiliser et éradiquer l'invasions.»
Le brave Schultheiss se moquait des lamentations du soldat. Il fit semblant
d'ameuter la population, en ayant eu bien soin de prévenir du stratagème.
« N'en prenez cure, et laissez faire les rongeurs.»
En quelques jours les souris eurent raison des grains stockés dans les greniers
du donjon. Pas le moindre grains ne restait plus pour la troupe et les soldats
quittèrent immédiatement la ville par manque de nourriture. La semaine passée le
Schutlheiss retourna auprès du magicien.
«Chose promise, chose dû»: dit le magicien. Le vieil homme appela son épouse et
entraîna le maire le long des grandes murailles du bastion jusqu'à une sombre
tour d'angle. Il pénétrèrent par une porte haut placée, à l'aide d'une une
échelle posée là . Un plancher de bois couvrait le sol de l'immense pièce vide.
Le magicien souleva une trappe et sous la mine stupéfaite du Schultheiss apparut
une montagne de grains avec tout autour des centaines de souris grouillantes.
«Mais comment diable, est-ce possible?» bredouillât le maire. L'enchanteur
expliqua que les rongeurs avaient tout simplement «déménagé» leur butin du
château vers cette tour pour bien en profiter tout au long de l'hiver qui
s'annonçait rude. C'était mal connaître le magicien. devant le Schultheiss
éberlué, le couple se transforma en deux énormes et magnifiques chats blancs.
Ils se mirent à poursuivre avec agilité et hargne les souris qui, déconcertées
par l'attaque, déguerpirent en une folle fuite à travers ville et champs. C'est
grâce à cette enchantement que la population de Wangen pût être rassasié tout au
long de ce rude hiver.
Les magiciens disparurent à la même époque et depuis lors, de temps en temps,
apparaissent les deux chats blanc. Les habitants de wangen ne connurent plus
jamais la famine et l'apparition des félins est signe de bonheur car tous savent
que le vieux couple de magiciens continue de veiller sur eux.
D'après Auguste Stoeber, «Études mythologiques sur les animaux fantômes en
Alsace», Revue d'Alsace, 1852, illustration de Thierry Christmann, Dragons,
fantômes et trésors cachés, Strasbourg, Coprur, 1988).