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Fabrication de la choucroute

On prend de beaux choux blancs du jardin. On les découpe en fines lamelles, soit avec un couteau long, flexible et bien tranchant, soit avec une râpe spéciale (il yen avait une au village).
Mais on aura, auparavant, enlevé les feuilles vertes et les grosses côtes, puis coupé le chou en deux.
On aura préparé un tonneau en bois, bien propre.
Au fond, on mettra une couche de sel, puis, dessus, une couche de 8 à 10 cm de chou finement coupé, puis un peu de sel, de poivre et quelques clous de girofle. A l'aide d'une pièce de bois on tassera énergiquement cette couche, pour en faire sortir le jus qu'on enlèvera,. on mettra ensuite une nouvelle couche de 8 à 10 cm de chou, un peu de sel, de poivre, des clous de girofle et on tassera énergiquement et ainsi de suite jusqu'à une dernière couche qui se trouvera bien en dessous du niveau supérieur du tonneau. On tassera fermement cette dernière couche après l'avoir salée, poivrée, etc. et extrait le liquide. Sur cette dernière couche on posera une toile bien propre ayant la forme du tonneau, sur cette toile une planche de même forme, et sur cette planche une lourde pierre de 25 à 30 kilos.
On descendra le tonneau à la cave.
La fermentation va commencer, le couvercle de bois va s'enfoncer, tandis que le liquide va surnager. Il faut enlever ce liquide régulièrement, mais sans jamais laisser le couvercle à sec. Après un mois de fermentation, la choucroute est bonne à manger.
Quand on veut en prendre, on enlève le couvercle en bois, puis le liquide qui surnage et on retire la quantité voulue de choucroute. On lave la toile et le couvercle à l'eau claire puis on les replace et on repose la pierre sur le tout. Ces soins sont indispensables si on veut que la choucroute se conserve bien.
Note: certains suggèrent de laisser respirer le tonneau pendant quelques jours après la fabrication de la choucroute, avant de le fermer avec un linge, une planche et une grosse pierre. Pendant ces 5 à 6 jours, avant fermeture, on enlèvera le liquide régulièrement.

La fabrication de la choucroute s’est ensuite modernisée et sa préparation artisanale réactualisée et affinée dans la mouvance de l’agriculture biologique. La recette d’ Emmanuelle Aubert est parue dans les années 80 dans les Quatre Saisons du jardinage et dans la revue de Nature et Progrès Belgique

La choucroute
Ingrédients: chou, sel marin (50 g pour 10 kg de chou) , cumin (20 g pour 10 kg de chou) , baies de genièvre (20 g pour 10 kg de chou) .
Le chou (( classique )) pour la choucroute est le Quintal d'Alsace, mais on peut utiliser n'importe quelle variété.
Laver les choux et les couper en fines lamelles à l'aide d'un couteau à choucroute ou, à défaut, d'un grand couteau bien aiguisé. Mélanger le chou coupé, le sel et les épices dans un grand récipient, puis mettre le tout dans un pot en grès en tassant énergiquement au fur et à mesure que l'on remplit le pot. Il est essentiel de bien tasser, car la fermentation doit se faire en l'absence d'air. Au bout de quelques jours, les choux doivent baigner entièrement dans leur jus. Une fois le récipient rempli, poser sur les légumes un couvercle en bois entouré d'un chiffon blanc et propre, et mettre sur le couvercle une grosse pierre (si possible du granit, surtout pas du calcaire, car l'acide l'attaquerait) , afin de maintenir une pression sur les choux, qui doivent rester immergés dans leur jus. Mettre un couvercle sur le récipient pour garder les légumes à l'abri des poussières et des insectes.
On laisse la choucroute fermenter pendant trois semaines à la température de 15 à 20°C.
Une fois la fermentation terminée, le moment est venu de goûter la choucroute: retirer le couvercle en bois, le nettoyer, ainsi que le chiffon qui l'entoure, puiser ce dont on a besoin, puis remettre le couvercle du récipient. On trouve dans le commerce des pots en grès spéciaux pour la fabrication de la choucroute, avec un couvercle à joint d'eau qui assure une étanchéité absolue.

Pot à choucroute

couvercle

 

 

joint à remplir
d'eau claire

pierres en
demi-lune

 

choucroute
tassée

 

 


La Paleo-gastronomie
Anecdotes et histoires de choucroute
D’où vient la choucroute ?

Tout commence il y a 2 000 ans, quelque part entre Chine et Mongolie alors qu'on apprend à conserver les légumes en saumure pour les grandes chevauchées. Au galop des Huns et des Tartares, la choucroute arrive en Hongrie, en Autriche et en Allemagne. Il n'en faut pas plus pour qu'elle traverse le Rhin et se retrouve au coeur du pays alsacien où elle subit, au XVe siècle, la métamorphose du chou saumuré en choucroute. Ces gens inventifs découvrirent comment cuire cette sauerkraut, une herbe aigre en langue allemande qu'ils appelèrent Surkrut.
Ils prirent d'abord le meilleur chou d'Alsace, le quintal, et le découpèrent en fines lamelles;
lavé égoutté essoré le chou se vit couché par couche successive dans des tonnelets entre un rang de gros sel parsemé de baies de genièvre; on tira dessus un linge puis on posa un poids sur le tout d'un poids au moins égal à celui du chou. Le chou dormit ainsi trois semaines. Vint ensuite la cuisson. Un heure dix? Une heure vingt? Les Alsaciens sont susceptibles. Les uns diront que le chou est encore cru et qu'il doit obtenir une légère teinte rousse; les autres, qu'il a trop bouilli et que la choucroute doit être blonde et croquer encore sous la dent.
La chicane gastronomique s'étend à la composante de la partie grasse: saindoux, lard ou graisse d'oie?
doit-on l'adoucir au vin blanc, ou la revigorer à la bière?
la cuire entièrement dans ce liquide ou la mouiller de vin ou de bière et l'allonger avec un bouillon de volaille?
Par contre, les Alsaciens sont unanimes quant à la choucroute au champagne ... qui n'entraîne, entre nous, qu'une dépense supplémentaire.
Certains tempèrent l'âcreté du chou saumuré en ajoutant une pomme-fruit et un petit verre de Kirsch
La choucroute s'accommode de tout: pommes de terre bouillies, saucisses, côtelettes de porc, lard salé ou fumé, oie, gibiers et charcuteries.
Et que boire avec la choucroute? La controverse continue: le Sylvaner ou un Riesling qui suit le vin de cuisson, un pinot noir d'Alsace rouge, jeune et servi frais ou une chope de pils bien houblonnée. À vous de trancher ... (sur un site alsacien)
La choucroute à la découverte du monde
Sait-on que la choucroute est à l’origine de la découverte de la Nouvelle Zélande, de l’ Australie ainsi que d’autres terres à l’autre bout du monde ? Sans choucroute ces îles éloignées seraient restées hors d’atteinte des vaisseaux du XVIII ème siècle. Lors des longues traversées des océans les marins soufraient de nombreuses maladies liées à la mauvaise qualité de l’alimentation en mer, particulièrement du manque de vitamines C, le scorbut est la maladie liée à cette carence. Il n’était pas rare que moins de la moitié des marins n’arrivent au terme de la traversée.
Jusqu'à ce que des tonneaux de choucroute accompagnent les voyages et apportent aux marins les vitamines dont ils étaient carencés. James Cook, commandant de la marine de sa majesté fut le premier à avoir cette idée et on peut donc affirmer que la choucroute fut un auxiliaire précieux à l’extension des colonies britanniques.
Remarquons au passage que l’avènement de la choucroute s’accompagne d’une amélioration de l’hygiène populaire. Les grandes épidémies du moyen-âge ne se reproduisent plus dans les populations qui disposent de cette nouvelle ressource alimentaire. Il y a-t-il un lien de causalité ? Je ne peux l’affirmer, les études liées à l’histoire de l’alimentation et son incidence sur la santé des populations étant peu nombreuses. Peut-être un sujet à creuser...

Ecrit par Marc De Brouwer / cepvdqa sur le site http://www.multimania.com/cepvdqa/choucrou.htm


Choucroute : carte d'identité

- Riche en eau (90 %), peu énergétique (20 cal/100 g), elle contient essentiellement des glucides, un peu de protides et des traces de lipides.
- Jus gorgé de minéraux. En particulier, potassium, calcium et magnésium. Sodium : variable selon les fabrications.
- Fibres : abondantes, bien plus digestives que celles du chou non fermenté grâce aux micro-organismes qui lors de la fermentation synthétisent de nombreuses enzymes, telles les cellulases et les hémicellulases. Entamant la transformation des fibres, elles améliorent la tolérance par le tube digestif, d'où l'action bénéfique sur le transit intestinal.
- Très riche en vitamine C : environ 20 mg/100 g (besoin quotidien de l'adulte : 60 à 80 mg). Sa réputation est liée aux navigateurs d'autrefois. Cook, qui en emporta lors de son deuxième tour du monde, préserva ainsi son équipage du scorbut !
- Vitamines B (acide folique, pantothénique), K et carotène.
- Malgré son goût " acide " la choucroute agit dans l'organisme en alcalinisant le milieu interne. Elle est donc capable de rééquilibrer une alimentation trop riche en viande à tendance acidifiante. L'acide lactique de la choucroute peut jouer le rôle de désinfectant naturel de l'intestin en développant la flore bactérienne utile.


Par un accident historique, l'Alsace est devenue française. Mais n'allez surtout pas dire ça à un Strasbourgeois, il vous fustigera. Or, si l'Allemagne a quasiment tout donné à la culture alsacienne - sa langue, son architecture, ses coutumes et ses costumes, et jusqu'à ses recettes -, la France lui a légué un sacré caractère. Et a peu à peu imposé son style culinaire (et ses produits) sans renier les antécédents teutons de l'Alsace. Le résultat parle de lui-même: en Alsace aujourd'hui, on trouve une cuisine parmi les meilleures de France et le plus grand nombre de chefs étoilés comparativement aux autres régions du pays. Une cuisine célébrée non pas tant pour l'élégance que pour la variété, l'originalité et le souci de finesse. La grosse tambouille campagnarde allemande, lourde et grasse, s'est ici métamorphosée en cuisine subtile, autour d'un répertoire de plats paysans d'un goût parfois remarquable, savoureux et savant. Ce qui a fait dire à un chef parisien réputé que la "seule cuisine allemande intéressante était... l'alsacienne". Côté aliments, bien que n'en produisant plus autant qu'avant, l'Alsace reste le berceau de l'industrie du foie gras en Europe. Et ce n'est pas étonnant parce que l'oie était "naturellement" engraissée dans les champs d'Alsace, une région où les terres sont riches. Depuis le XVIIIe, on l'aide un peu en la gavant de "nouilles". Parallèlement, on dit que les saucisses de type wurst (allemandes, donc) ne sont jamais préparées avec autant de soin que sur la rive orientale du Rhin, où les porcs sont élevés sous contrôle beaucoup plus strict que du côté allemand. Cela se traduit par environ 200 spécialités distinctes de charcuterie. Chaque village a sa saucisse, sa manière de conserver le jambon, sa façon d'utiliser le cochon dans tous les plats. Les saucisses à frire (brotwurst) ou à base de foie qu'on tartine sur du pain, ou les knackwurst que l'on fait cuire à l'eau, les quenelles, les presskopf ou le fromage de tête: les saucisses, énormes ou minuscules, sont de loin l'élément dominant de tout repas alsacien.
Et la choucroute dans tout ça? C'est l'emblème du pays, aussi importante pour la fierté "nationale" que le cassoulet pour les Toulousains et la bouillabaisse pour les Marseillais. Elle constitue la base de l'alimentation des paysans et elle est préparée dans la région depuis 450 ans: les gros choux à tête blanche sont récoltés tout l'automne, salés et mis à fermenter pendant un mois environ. Ce processus de surissement assure le développement de vitamines C pendant les mois d'hiver. Cuite au vin (au riesling surtout) et assaisonnée de genièvre et de laurier, on l'accompagne traditionnellement de pommes de terre bouillies et de viande de porc - saucisses fumées ou cuites, lard et poitrine fumée. ETYMOLOGIE du mot "choucroute" Géographiquement l'Alsace était en contact avec deux pays de langue germanique, l'Allemagne et la Suisse; ces régions jouèrent un rôle primordial dans l'assimilation de termes allemands dans la langue française. En effet, même si l'Alsace est restée en-dehors de la vie nationale française jusqu'au XVIIIème siècle, les curiosités gastronomiques de cette région ne sont pas restées inaperçues: choucroute de l'alsacien surkrut de l'allemand Sauerkraut,  ("sur","sauer") voulant dire acide  ("krut","kraut") voulant dire herbe En fait la traduction littérale devrait être "ACIDECHOU" ou "CHOUACIDE"  Le mot "choucroute" est une étymologie populaire. C'est la tendance à vouloir attribuer une forme ou un sens connu à un terme inconnu ou méconnu; il s'agit de donner une plus grande transparence sémantique au mot. Une étymologie populaire est toujours une fausse étymologie. C'est la prononciation du mot qui en allemand se dit à peu près "saourcroaute" qui à donné naissance au mot "choucroute."
Robert Beauchemin