Hoba et sa météorite

Nous reprenons la route en direction de la ferme Hoba, à proximité de Grootfontein. C’est sur ses terres que gît la plus grande météorite du monde, découverte en 1920. Les scientifiques estiment que cet immense astéroïde de 60 tonnes a touché terre il y a environ 82 000 ans. Elle a été classée monument national en 1955.

A notre arrivée sur le site, nous remarquons le joli massif de fleurs rouges en trompettes plus que la météorite elle-même. Elle est installée en contrebas de gradins de pierre, et n’est pas spécialement impressionnante, seule une partie émerge du sol. Mais ce gros caillou ne nous laisse tout de même pas sans émotions.
Nous remarquons la présence de zones brillantes sur ses arêtes, correspondant aux marques laissées par les visiteurs désireux de ramener un petit souvenir avec eux … en vain.

Les Kavangos

Nous poursuivons notre chemin vers le Nord, dans l’Afrique des villages, et plus précisément chez les Kavangos. Les villages se succèdent au bord de la route, tout comme les écoles ou les aires de pique-nique. Il n’est pas rare de croiser des gens marchant sur le bas côté, ou patientant à un arrêt de bus isolé.

Nous nous arrêtons au hasard dans l’un de ces villages, et demandons aux habitants s’ils veulent bien nous en faire la visite et nous parler de leurs modes de vie.
Ils semblent assez surpris, n’ayant pas l’habitude de voir des touristes ; en effet, nous sommes dans une région où régnaient encore de graves tensions en 2002, et les visiteurs ne s’y aventurent que depuis peu.
Seuls les femmes et les enfants sont présents, les hommes étant en plein travail dans les champs. Malheureusement, aucun d’entre eux ne parle anglais, allemand ou afrikaans, mais uniquement leur langue bantoue. Ils font alors appel à une jeune fille d’un village voisin pour faire la traduction.
Alors que les enfants nous observent avec de grands yeux, l’une des femmes nous explique qu’il n’y a qu’une seule et même famille par village, et qu’ils vivent tous dans ces petites huttes aux toits de chaume. Les femmes se marient assez tôt et ont des enfants rapidement ; notre interlocutrice ne semble pas avoir plus de 16 ans et a déjà un petit accroché dans le dos. Malheureusement, la Namibie a l’un des plus forts taux de sida au monde, et il est encore très difficile de faire entrer la contraception dans les mœurs de tous.
Une petite fille, au pull rouge étincelant, attire notre attention avec de grands sourires, elle est très mignonne. Sa maman nous offre gentiment de grosses cacahuètes.
Ils semblent plutôt heureux, ils ont tout le nécessaire : des champs, des huttes, de la nourriture, des écoles, de grandes familles, un environnement agréable, … et la paix. Ils ne sauraient que faire d’une télévision, d’un ordinateur ou d’une cuisinière, et seraient certainement bien plus malheureux si on leur imposait les modes de vie de la société moderne.
Pour les remercier de leur accueil et de leur gentillesse, nous leur offrons quelques bidons d’huile et des sacs de farine à se partager. La traductrice venant du village voisin repart avec sa part du gâteau.

Rundu et la frontière angolaise

Nous déjeunons tardivement à Rundu, petite ville située au bord du fleuve Okavango, à la frontière avec l’Angola, et disposant d’une indispensable station essence. Nous nous installons sur la terrasse du restaurant surplombant l’Okavango, sirotant notre apéritif.

C’est ici que nous faisons connaissance avec les gros insectes namibiens : d’énormes abeilles envahissent la végétation alentour et n’ont pas l’air de chercher à nous éviter durant leur vol.

Sur le fleuve, nous apercevons une embarcation sommaire transportant quelques personnes d’une rive à l’autre. Face à nous c’est l’Angola, et les frontaliers n’hésitent pas à traverser le fleuve infesté d’hippopotames pour venir s’approvisionner en Namibie. Du côté angolais, nous distinguons encore des individus derrière la masse végétale attendant leur tour, alors que d’autres sont déjà allongés dans l’herbe fraîche namibienne. Le responsable du restaurant jette régulièrement un coup d’œil à leurs allers et venues, depuis un accident mortel provoqué par les hippos.
Le repas est agité : nous accourons plusieurs fois à côté du directeur surveillant l’avancée discrète d’un hippopotame.

Nuit au bord de l’Okavango

Après de longues heures de route, nous arrivons dans la Bande de Caprivi, un corridor de 500 km de long sur 50 km de large, enclavé entre l’Angola, le Botswana et la Zambie. En 1890, les autorités coloniales allemandes obtinrent des Anglais cette étroite bande de terre afin de relier le nord-est du Sud-Ouest africain à leurs autres colonies d’Afrique orientale.

A la station essence de Divundu, petite bourgade située sur l’Okavango, nous tentons de faire une pause pipi, mais nous y renonçons rapidement en voyant l’état des toilettes : les portes sont enfoncées, les wc sont sales, l’odeur insupportable, et une seringue traîne encore par terre … nous nous retenons presque de vomir. Dehors, les gens nous regardent d’un air méfiant, se demandant certainement ce que l’on avait bien voulu faire aux toilettes ! Plus loin, deux enfants font les poubelles et récupèrent la bouteille vide qu’on vient de jeter.

Nous parcourons à toute vitesse une longue piste longeant le fleuve, ce qui soulève un épais nuage de poussière blanche limitant notre champ de vision. De temps en temps, nous croisons des gens marchant sur le bas côté et nous faisant des signes de la main.
Nous bifurquons finalement vers le fleuve pour rejoindre notre lodge. Les traces de la longue et intense saison des pluies sont encore visibles, la route étant inondée ; nous sommes obligés de nous frayer un chemin, bien plus long que celui d’origine, dans les secteurs plus secs.

Nous arrivons enfin à bon port, au Ndhovu Safari Lodge, sur le bord de l’Okavango. C’est un couple afrikaner très gentil qui nous accueille, lui est un homme imposant d’une cinquantaine d’années, mais en parait 70, avec sa grosse barbe blanche et sa jambe raide - due à une erreur de tir durant la chasse - tandis que sa femme paraît plus jeune et plus discrète. Ils parlent anglais avec un fort accent allemand, et communiquent entre eux en "Hoch Deutsch" … un allemand tellement pur qu’on arrive à le comprendre.

C’est Johannes, leur employé caprivien, qui nous conduit à notre lodge. Nous sommes aux premières loges pour admirer l’Okavango, moins de 5 mètres séparent notre tente du fleuve. Nous accédons à l’intérieur par une jolie terrasse en bois faisant face à la rivière ; la décoration est assez sommaire, mais tout de même luxueuse comparée aux cases des autochtones. La salle d’eau est en retrait, dans une petite hutte coincée sous un arbre. Le tout est vraiment très joli.

Nous avons à peine le temps d’y entrer que nous prenons déjà nos jambes à notre cou et courons à toute vitesse le plus loin possible : un énorme essaim d’abeilles, accroché au toit de chaume, est suspendu juste au-dessus du lavabo. Il y a plus d’une centaine d’énormes abeilles se grimpant les unes sur les autres … c’est terrifiant.
Lorsque nous apercevons l’attirail de la femme chargée de les exterminer, nous sommes un peu inquiets pour elle : elle n’est munie que d’un balai et d’une bombe anti-insecte ! Nous nous calfeutrons dans notre tente, avec un œil guettant l’attaque à travers la fermeture éclair, alors que la femme se bat avec les abeilles dans la salle de bain. C’est toujours aussi effrayant, les abeilles envahissent la pièce, se posent sur elle, et nous l’entendons donner des coups de balai dans tous les sens. Cinq minutes plus tard, la femme se porte comme un gant et fait un gros tas d’abeilles mortes, nous sommes stupéfaits.

Nous tentons d’aller aux toilettes et de nous doucher rapidement, mais nous comprenons vite que la tâche va être rude, la pièce étant ouverte, d’autres abeilles commencent à affluer ! La nuit et le froid tombent également, et nous manquons de lumière. Nous trouvons alors une méthode peu confortable mais efficace : tandis que l’un se douche sans perdre de temps, l’autre est muni d’une lampe de poche dans une main et d’une bombe anti-insecte de l’autre. Ses pieds servent à écraser les bêtes résistantes. Les vrais citadins au fin fond de l’Afrique … !
Marc nous racontera plus tard qu’il emploie le même procédé, mais doit lui-même tenir ses armes … et c’est pourtant un vrai africain !

Un grand feu est allumé à proximité de la salle à manger, pour éloigner les insectes pendant le repas. Le bâtiment n’est pas cloisonné de tous les côtés, et la lumière attire un nombre considérable de bestioles, principalement des punaises. Le son des grillons nous berce durant tout le dîner.

Après un petit brin de ménage dans notre chambre, ou plutôt de chasse aux insectes, nous nous glissons au fond du lit, espérant ne pas trop en avaler durant notre sommeil. Mais les nuits sont bruyantes dans ces recoins : les "tocs" réguliers sont dus aux punaises se laissant tomber sur la tente, les hippopotames sortent de la rivière pour brouter à deux pas de nos lits, et un lion rugit au loin. Ce sont des moments assez excitants.





NAMIBIE BOTSWANA ZIMBABWE 2006
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