On constate, aujourd’hui, le succès de la musique « gospel » dans un environnement assez éloigné des ghettos américains. En France, de nombreux groupes, recrutant en milieu antillais, malgache ou africain (à l’exception des « Messagers », originaires d’Alsace !!!), se consacrent à ce type de musique.
Le problème est que le terme de « gospel » tend à recouvrir toute musique religieuse en provenance des noirs américains. Or il importe de bien distinguer deux chants qui reflètent deux situations et deux théologies.
Le Negro spiritual est le chant religieux populaire rural, qui est né au temps de l’esclavage, entre 1760 et 1875.
Œuvre collective anonyme, il se situe au croisement d’une vision africaine du monde, d’une spiritualité empruntée aux « Réveils » des blancs méthodistes ou baptistes, et d’une tragique expérience de l’asservissement. Il manifeste une prédilection pour l’Ancien Testament comme attestation d’une libération collective dans l’histoire.
Musicalement, le Negro spiritual est un chant dépouillé, simple harmoniquement mais riche en émotions et en contrastes. Il est purement vocal au départ puis des instruments tels la guitare, le piano et les percussions viennent s’y rajouter.
Le Gospel est un chant religieux du ghetto urbain, né à la jonction du chant d’Evangile blanc qui s’est élaboré au tournant du siècle et du blues noir qui est l’expression personnelle d’une détresse aux marges d’une société raciste.
Avec des auteurs parfaitement identifiés, il valorise le Nouveau Testament comme l’attestation d’une espérance individuelle au-delà de l’Histoire. Le Dieu Tout- Puissant qui libère son peuple a fait place au Jésus intimiste qui libère l’âme. Le monde qu’il faut changer est devenu le monde qu’il faut supporter.