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Le coin du littéraire :: Petits jeux d'écritoire :: Paranomase :: A la souris qui croque : conte pour poète 440  ::
agnesandersen
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A la souris qui croque : conte pour poète 440 (samedi, 22 novembre 2008, 09:10) citation  
Paronomase :
La règle du jeu est :
écrire un texte avec le maximum de mots qui se ressemblent.
Le texte doit commencer par :
"toute invasion était donc désormais impossible"
et se terminer par :
"toute évasion était donc désormais impossible"
ça donne, par exemple :

A la souris qui croque.

« Toute invasion était donc désormais impossible ».

… Et ça, au moins, ce soir, je vous l’assure. Sûr que j’en étais sûre…
Ma foi, j’avais remarqué plusieurs fois ces minuscules corpuscules, ces taches, en touchantes petites touches noires comme la moire, régulières comme des perles, qui fleurissaient ça et là sur les carreaux de sil carrés du sol de la cuisine.
Intriguée par l’intrication de ces belles boules d’ébène, j’avais regardé de plus près. (Je dois vous dire que je suis plutôt myope ! Alors, dur dur ! Même qu’on me nomme affectueusement la taupe-type qui tape !).
Et je découvris la clé de ce mystère d’hystérique.
Des crottes de petits rongeurs mangeurs ! Le crûtes-vous ?
Des souris !
Je souris !
Vu les formes bien fermes et les lieux multiples de leurs périples et dépôts intimes, ils devaient être plusieurs farceurs dans leur ferme à ratons. Pas hautaines ni croquemitaines, ces coquines taquines avaient dû ou pu se dire :
- Dieu ! Que voient nos yeux ? Ne ratons pas cette aubaine. Ici, c’est « à la souris qui croque » et tant pis pour ceux qui craquent !
Alors, l’allure décontractée, ces demoiselles en délire squattaient mes placards plaqués de jaune sans la moindre gêne.
Certes, mon humble cuisine est, en quelque sorte, forte accueillante. C’est une de ces cuisines campagnardes chaleureuses, ouverte aux cousines et voisines, embaumant le pain fraîchement cuit, les fumets de gras poulets nourris aux grains et les fragrances de confitures maison de fruits de saison.
Enfin, bref.
Tiens ! Je comprenais bien ces visiteuses-surprises qui, sans émoi, se plaisaient tant chez moi. Mais quand même, leurs si beaux cadeaux d’humour-amour étaient plutôt malvenus. A éviter ! D’autant plus que je ne les avais pas invitées.
Elles remplissaient mes plats, surtout les plus plats, des signes pas sages de leur passage. Pire, apparemment rien ne leur faisait peur, pour peu qu’elles s’inquiètent. Elles grimpaient allègrement sur le haut des plus hauts des meubles, sillonnaient entre les casseroles, vers les verres puis les couverts, même couverts de papier de soie qu’elles arrachaient à pleines dents puis recrachaient, abandonnant dans les serviettes les traces grasses de leurs festins puis s’en retournaient à leurs occupations et passions de souris. Mais pas sans retour.
En prime, passibles d’indigestion, elles grignotaient tout le grignotable possible : fruits confits qu’on fit au printemps, paquets de farine et de café, terrines et pâtés, baquets de fromages, baguettes de pain au maïs et sacs de biscuits secs qu’elles affectionnaient tout particulièrement, surtout ceux au chocolat.
Sans vergogne, elles déposaient leurs offrandes sur mes nappes en vigogne de Bourgogne. Toutes en chœur, dans le sas de mes tiroirs, elles s’en donnaient à cœur joie, sans peur pour leur foie. Il fallait que tout ceci cesse. Je ne suis pas une nature naturellement contrariante et j’aime les souris. Mais quand même !
C’était fort ! Que faire ?
Contre attaquer ? Porter l’estoc final ? Déclarer le siège ?
Tendre des pièges ?
Je ne voulais pas de ces antédiluviennes tapettes en forme de topette qui, diablement, d’un clic, (clac !), leur briseraient la nuque irrémédiablement, quoique sans leur laisser le temps de crier couic. Pas plus du pain blanc ou du blé blond, ces gros grains bleus et gris empoisonnés qui les tueraient sans douceur, dans d’épouvantables douleurs. Horreur ! Trop cruel ! Non.
Il existait quand même des méthodes moins inhumaines pour l’humaine à tendance surhumaine que j’étais.
Mon secret ? Un sacré secret !
Les pièges à ondes ! Ces discrets appareils électroniques, écologiques de surcroît, émettent à la ronde une onde inaudible pour l’homme, que les animaux omettent de synthétiser. Oui ! Probablement un ultra son émis sans fin que leur fine ouïe ne supporte pas.
- Euréka pour mes tracas ! m’écriai-je en installant avec talent l’ultime solution sans pollution ni cadavres à ce problématique problème.
- Toute invasion était donc désormais impossible ! confirma ma petite voix. Plus de voie pour les rats, ces petits scélérats ! Là !
C’est ce que je me répétais en allant me coucher pour me cacher. A n’en pas douter, demain, mes compagnes indésirables auraient plié bagages et paquetages pour retourner à leur campagne.
Comme, au milieu de la nuit, je me relevais pour un verre d’eau, quel ne fut mon étonnement de découvrir tout bonnement les coupables capables de ces forfaits, au demeurant, fort bien faits !
Trois ! Elles étaient trois ! Trois minuscules musaraignes endormies dans « un coing de la cuisine » aurait écrit Boris Vian dans son écume. Un coin à point : sous l’évier. Probablement le seul endroit assez étroit pour protéger mes trois rats maladroits des radiations vengeresses de l’émetteur prometteur, ce Prométhée de mes déboires.
Elles dormaient là, bien installées sous la lune filtrant par la vitre, l’une contre l’autre, leur ventre délicat bien plein de leur délit et juste bien gentiment rythmé par le sommeil du juste.
Alors, tout doucement, j’attrapai mes trois imprudentes impudentes et je les mis dans un gros bocal où elles se réveillèrent, prises et surprises de ce changement démentiel de dimension.
Elles commencèrent à s’agiter en tout sens, sans comprendre, tentant d’agripper les faces lisses du bocal de toutes leurs pattes.
Mais, sages ! Les souris.
J’avais bien choisi ma cage. Elles ne risquaient pas d’en sortir pour partir.
J’émiettai dans le bocal des morceaux de biscuits au chocolat dont elles raffolaient. Du reste, elles s’y précipitèrent sans demander leur reste.
Dans le tout petit matin, je m’accordai le temps d’observer ces animaux mignons-trognons qui s’animaient malins et mutins au crépuscule d’un jour nouveau. Je m’amusai de leurs museaux pointus, leurs teintes aux nuances éteintes de gris, leurs regards vifs et leur façon malicieuse de trifouiller de tous leurs ongles dans les miettes délicieuses des biscuits pour ce régal sans égal.
Puis, je retournai me coucher.
A mon réveil, dès leur éveil, j’irais libérer mes nouvelles amies bien loin, dans le foin, au fond du fond du jardin. Là, elles pourraient vivre leur vie de souris sans soucis.
Mais en attendant, « toute évasion était donc désormais impossible ».





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