|
Je
suis très honoré d’avoir été choisi, en ma qualité de Président
du GAFI, pour parrainer la première promotion du diplôme
« Prévention des fraudes et du blanchiment » dirigé
par Mme CUTAJAR, et ce à plusieurs titres :
-
D’abord parce j’y vois le signe que le GAFI, que je
représente, est reconnu comme un organisme de référence en matière
de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du
terrorisme. De fait, il a accompli, depuis sa création en 1989,
un travail considérable d’élaboration de normes, reconnues
aujourd’hui comme des standards internationaux, qui sont
directement à l’origine des législations nationales des pays
membres (et de la France au premier chef). Le GAFI a également
assuré le contrôle de la mise en oeuvre de ses recommandations
dans les pays membres et a contribué, plus largement, à diffuser
de par le monde une certaine culture « anti-blanchiment ».
L’une des missions que je me suis assigné cette année est de
mieux faire connaître le GAFI. Le parrainage de cette promotion
m’en offre assurément l’occasion.
-
Je suis également honoré d’être entouré d’un Comité
de parrainage prestigieux où se côtoient des acteurs de premier
plan publics et privés. Cette double appartenance, publique et
privée, est à l’image de la lutte contre le blanchiment elle-même.
Initiée par les pouvoirs publics, elle recueille à l’évidence
la participation active des organismes financiers eux-mêmes pour
être efficace. Ils sont en effet le mieux à même de détecter
les flux financiers suspects. Je crois, si j’en juge mon expérience
de Secrétaire général de la Commission bancaire, que cette coopération
fonctionne efficacement et, qu’au-delà du risque juridique, le
risque d’image est désormais largement pris en compte.
-
Enfin la formation qui est proposée dans ce diplôme par
Mme CUTAJAR me paraît très complète associant au droit des
affaires et droit fiscal des enseignements plus spécifiques tels
que la fraude informatique, l’éthique des affaires ou
l’analyse financière criminelle. Elle constitue assurément une
innovation, ces disciplines n’ayant jamais été associées
aussi ouvertement dans l’idée de développer la prévention. Je
suis personnellement très attaché à la prévention et j’ai
souvent, lors de mes anciennes fonctions, insisté sur la nécessité
que les contrôles internes fonctionnent efficacement avant que
les contrôles externes, y compris celui de la Commission
bancaire, interviennent. Je pense que les étudiants qui auront
suivi cette formation seront armés pour saisir ce qu’il y
d’inhabituel, d’atypique, voire d’illégal dans les opérations
qu’ils seront amenés à voir.
Je
saisis évidemment l’occasion de ce parrainage pour vous parler
un peu plus du GAFI.
Le Groupe d’action financière sur
le blanchiment des capitaux a été créé au Sommet de l’Arche
en juillet 1989. L’idée, à l’époque novatrice, était de
s’attaquer non pas directement au trafic de drogue mais aux
profits tirés de celui-ci, ces produits alimentant les circuits
financiers internationaux.
Le
GAFI est un organisme intergouvernemental qui rassemble en son
sein la capacité d’experts juridiques, financiers et opérationnels
délégués par ses membres. Il s‘efforce de susciter la volonté
politique nécessaire pour faire évoluer au plan national les
lois et réglementations dans le domaine de sa compétence.
Il comprend
actuellement 31 pays et deux organisations régionales (Commission
européenne, Conseil de coopération du Golfe).
Le GAFI n’a pas de durée de vie
illimitée, il réexamine sa mission périodiquement. Le mandat du
GAFI vient d’être été renouvelé pour une période de huit
ans. Ce délai plus long que les précédents (cinq ans
traditionnellement) traduit la confiance dans cet instrument pour
lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme. La
Présidence du GAFI est tournante et dure un an. Le GAFI dispose
d’un Secrétariat installé au siège de l’OCDE.
Je
souhaite vous présenter les instruments dont dispose
aujourd’hui le GAFI et ses missions principales.
1.
Instruments
Le
GAFI dispose, avec les 40 Recommandations révisées et les 8
Recommandations spéciales sur le financement du terrorisme,
d’instruments efficaces pour mener à bien sa mission. Ces
instruments doivent aujourd’hui être pleinement utilisés.
1.1.
Les 40 Recommandations révisées
Les
40 Recommandations élaborées initialement en 1990, révisées
une première fois en 1996, ont fait l’objet d’une refonte
complète en 2003. Je voudrais juste vous présenter les
modifications les plus importantes puisqu’elles ont vocation, si
ce n’est déjà fait, à être traduites dans les législations
nationales, et au premier chef la législation française.
Il s’agit d’abord de l’élargissement
du champ de l’infraction de blanchiment des capitaux à toutes
les infractions graves qui doivent désormais être considérées
comme des infractions sous-jacentes du blanchiment de capitaux.
Pour les
institutions financières, les nouvelles recommandations insistent
sur la connaissance effective de la clientèle et sur
l’adaptation des diligences au niveau de risque. La
Recommandation 5 prévoit en particulier des normes plus
rigoureuses et plus précises en matière d’identification et de
connaissance de la clientèle tout en préservant des marges de
flexibilité. Lorsque les clients ou transactions présentent un
degré de risque important (correspondant bancaire, personnes
politiquement exposées), les mesures de vigilance doivent être
renforcées. Une plus grande transparence sur le bénéficiaire
effectif des personnes morales (en particulier lorsqu’il
s’agit de trusts) est par ailleurs demandée.
Les
changements relatifs au secteur financier ont bénéficié des
travaux du Comité de Bâle sur les obligations de vigilance des
banques, retracés dans le document « Customer Due Diligence ».
Il faut
signaler enfin l’extension du champ d’application des 40
Recommandations au-delà du seul secteur financier : casinos,
agents immobiliers, négociants en métaux précieux et pierres précieuses,
avocats, notaires, comptables et prestataires de services aux
trusts
1.2.
Les 8 Recommandations spéciales
A
la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux
Etats-Unis, le GAFI a étendu sa mission au-delà du blanchiment
des capitaux à la lutte contre le financement du terrorisme et a
établi 8 Recommandations. Ces mesures visent à priver les
terroristes et ceux qui les soutiennent de l’accès au système
financier international. Le GAFI a engagé ses membres à :
·
Prendre des mesures immédiates pour ratifier et mettre en
œuvre les instruments appropriés des Nations Unies.
·
Ériger en infraction pénale le délit de financement du
terrorisme, des actes terroristes et des organisations
terroristes.
·
Geler et confisquer les avoirs des terroristes.
·
Déclarer les transactions suspectes liées au terrorisme.
·
Fournir la gamme la plus vaste possible d’assistance aux
autorités opérationnelles et de réglementation d’autres pays
dans les enquêtes sur le financement du terrorisme.
·
Imposer des obligations de lutte contre le blanchiment de
capitaux aux systèmes alternatifs de paiement.
·
Renforcer des mesures d’identification dans les
transferts électroniques de fonds, internationaux et domestiques.
·
S’assurer que les personnes morales, notamment les
organisations caritatives, ne peuvent pas faire l’objet d’abus
pour financer le terrorisme.
Les
travaux du GAFI portent aujourd’hui plus particulièrement sur
les virements électroniques, sur les transferts d’espèces
effectuées par les passeurs de fonds (cash couriers), sur les
organismes à but non lucratif et sur les systèmes alternatifs de
paiement.
2.
Missions et objectifs
2.1.
Surveiller la mise en œuvre des Recommandations
Cette surveillance s’effectue
essentiellement par le biais des évaluations mutuelles. Ces évaluations
réunissent trois à cinq experts venant de différents pays
membres (experts juridiques, opérationnels, financiers). Le GAFI
va commencer cette année le troisième cycle d’évaluations
mutuelles sur la base des nouvelles recommandations et de la
nouvelle méthodologie.
2.2. Suivre et examiner les
tendances et techniques de blanchiment
Le
GAFI constitue un observatoire privilégié des tendances et méthodes
du blanchiment. Chaque année, l’exercice
annuel du GAFI sur les typologies réunit des experts des services
opérationnels et des autorités de contrôle des pays membres du
GAFI pour échanger des informations concernant des cas et des opérations
significatifs de blanchiment de capitaux. Cela donne également
aux experts l’opportunité essentielle d’identifier et de décrire
les tendances actuelles du blanchiment de capitaux et
l’efficacité des contre-mesures. Les rapports de ces travaux
sont publiés chaque année.
Les
travaux du GAFI XV ont porté sur les virements électroniques et
le financement du terrorisme, sur les organismes à but non
lucratif et leurs liens avec le financement du terrorisme, sur les
vulnérabilités du secteur des assurances au blanchiment de
capitaux, sur les personnes politiquement exposées (PPE), sur les
« ouvreurs de porte » ou professions non financières dans le
blanchiment de capitaux. Les travaux du GAFI XVI devraient porter
sur secteur de l’assurance, les liens entre trafic de drogue et
financement du terrorisme, et les systèmes alternatifs de remises
de fonds. Par ailleurs, les tendances générales en matière de
lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme
devraient également être étudiées (avec peut-être l’idée
d’avoir des indicateurs des évolutions).
2.3. Diffuser le message du
GAFI dans le monde
Le souhait du GAFI est de mener une
action mondiale contre le blanchiment des capitaux et le
financement du terrorisme. Cette action s’appuie largement sur
les organismes régionaux
de type GAFI qui fonctionnent
actuellement dans les zones Asie-Pacifique, Caraïbes (GAFIC), Amérique
du Sud (GAFISUD), Afrique orientale et australe et Conseil de l’Europe
(Moneyval). Ces organismes comprennent en leur sein des pays
membres et des pays non membres du GAFI et effectuent pour leurs
membres des tâches similaires à celles du GAFI (évaluations
mutuelles, typologies). Ils participent au séances du GAFI en
qualité d’observateurs.
Le souhait du GAFI, et c’est un des
axes de la présidence française, est aujourd’hui de favoriser
la création de tels groupes dans des zones non couvertes. Deux
organismes sont sur le point d’être créés en Asie centrale
(en Eurasie), en Afrique du Nord et Moyen-Orient. Un autre est sur
le point de commencer ses travaux en Afrique de l’Ouest (GIABA).
Ces organismes seront par ailleurs plus étroitement associés aux
travaux du GAFI.
La
coopération avec le FMI et la Banque mondiale est également
essentielle pour assurer la complémentarité des actions engagées
dans le domaine de la lutte contre le blanchiment et le
financement du terrorisme. Le FMI et la Banque mondiale ont décidé,
à l’issue d’un programme pilote d’un, de pérenniser les évaluations
de pays dans le domaine de la lutte contre le blanchiment et le
financement du terrorisme en utilisant les Recommandations du GAFI
et une méthodologie commune tenant compte de la refonte des
recommandations.
Enfin, la
diffusion du message du GAFI dans le monde a beaucoup bénéficié
du processus visant à identifier les pays et territoires non coopératifs. Cette initiative vise à
rechercher les défaillances graves des dispositifs
anti-blanchiment qui constituent des obstacles à la coopération
internationale dans ce domaine. Il s’agit par l’établissement
et la publication d’une liste de pays qui présentent de graves
défaillances, communément appelée « liste noire »,
d’inciter ces pays à faire évoluer leur dispositif. Par là-même,
le GAFI tente d’imposer ses normes au-delà de ses membres à
l’échelle mondiale.
En février 2000 le GAFI a défini 25
critères, qui s’inscrivent dans une logique de cohérence avec
les 40 recommandations, et qui définissent les pratiques préjudiciables.
En juin 2000 un premier rapport du GAFI a conduit à identifier
sur cette base 15 pays ou territoires. Cette liste est régulièrement
mise à jour (ajout ou retrait de pays) en fonction des progrès
constatés dans ces différents pays. Cette liste, mise à jour en
juin 2004, comporte désormais 6 pays : les îles Cook, l’Indonésie,
le Myanmar (Birmanie), Nauru, le Nigeria et les Philippines.
La réduction du nombre de pays
figurant sur la liste est souvent interprétée négativement,
comme le signe que le GAFI a relâché ses efforts alors même
qu’elle doit au contraire être interprétée comme le signe
d’un succès. En effet les pays qui figuraient initialement sur
la liste et qui en sont sortisont considérablement amélioré
leur dispositif. Ils font l’objet d’un suivi pendant une période
transitoire. D’autres pays ou territoires, redoutant une
inscription sur la liste, ont pu également engagé des actions
positives.
Le GAFI a en outre imposé, en
application de la Recommandation 21, des contre-mesures à
l’encontre de Nauru et de Myanmar. Un décret en date du 7 février
2002 impose en France de déclarer à TRACFIN les opérations
d’un montant supérieur à 8000 euros effectuées avec des
personnes domiciliées à Nauru. Un décret du 15 décembre 2003
impose des obligations identiques pour les personnes domiciliées
à Myanmar.
****
Je voudrais
juste en conclusion vous souhaiter une bonne année universitaire.
Cette année universitaire sera aussi celle de la présidence française
du GAFI. J’espère que lorsque nous nous reverrons pour la
remise des diplômes, vous comme moi aurons accompli les tâches
qui nous étaient assignées.
|