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Stop aux fraudes et au
blanchiment
La faculté de droit de Strasbourg vient de
mettre en place un diplôme d'université « Prévention des
fraudes et du blanchiment », une première en Europe.
Une vingtaine d'étudiants de 3e cycle,
venant en grande majorité du Grand Est et de Paris, vont se
former aux techniques de détection des flux financiers suspects,
en particulier la fraude, la corruption et le blanchiment d'argent
sale.
Cette nouvelle formation résulte d'une directive européenne
de 2001 qui fait obligation aux États de l'Union de mettre en
place des formations à l'intention des personnels des banques et
des assurances, et des avocats. Jusqu'à présent, aucun cursus
universitaire n'était mis sur pied, les formations de ce type se
pratiquant en interne comme dans les banques.
Chantal Cutajar, directrice du diplôme, à l'origine de ce
programme rattaché au Centre du droit de l'entreprise à la
faculté de droit de Strasbourg, affirme qu'il « répondait
à un besoin exprimé notamment lors d'un colloque tenu en
septembre 2002 sur la lutte contre le blanchiment.
Détecter les indices
Il faut certes réprimer, mais il est aussi nécessaire de développer
le dispositif préventif au sein de toutes les institutions
concernées par la formation de personnes appelées à embrasser
une profession nouvelle, celle de commissaire anti-blanchiment et
anti-corruption. Pour ce faire, il est indispensable de détecter
les indices de fraudes, corruption et blanchiment provenant en
particulier du trafic de stupéfiants et d'activités mafieuses. »
La formation possède une particularité en matière
d'enseignement, ce dernier étant dispensé à la fois par des
universitaires, des praticiens et des institutionnels. Elle
comprend un stage de deux mois dans les entreprises partenaires.
Les cours portent notamment sur le droit fiscal, les marchés
financiers, le droit pénal des affaires, les fraudes
informatiques et l'analyse financière criminelle.
Il est prévu qu'une formation continue à distance pourra
être suivie à partir de janvier prochain. Cette dernière intéressera
particulièrement les professionnels, magistrats et policiers spécialisés
et les fonctionnaires des impôts. A la rentrée 2005, l'objectif
est de faire de ce diplôme un diplôme européen destiné à tous
les étudiants de l'Union et de le proposer en deux langues, français
et anglais.
La première promotion a été baptisée du nom de
Jean-Louis Fort, président du GAFI (Groupe d'action financière
sur le blanchiment des capitaux) depuis juillet. Ce groupe
intergouvernemental réunit 31 pays et deux organisations
internationales, la Commission européenne et le Conseil de coopération
du Golfe. La France et les États-Unis sont à l'origine de sa création
en 1989, date à laquelle l'occident a pris conscience de la nécessité
de la lutte contre le blanchiment de l'argent de la drogue. Un des
principes fondateurs du GAFI, doté de 40 recommandations, est l'évaluation
mutuelle c'est à dire le contrôle des membres par les membres.
Mondialiser la lutte
Selon Jean-Louis Fort, « Tout n'est pas parfait, mais grâce
à nos efforts constants, nous réalisons petit à petit des progrès
à la fois dans la mise en oeuvre d'un dispositif législatif et réglementaire,
et dans l'application de celui-ci. Par exemple, nous avons étendu
la lutte contre le blanchiment à tout ce qui représente, outre
la drogue, une infraction grave : trafic d'armes, terrorisme,
contrefaçons, délits d'initiés,... Certes, nos pays membres
sont plus ou moins performants, mais même ceux qui le sont moins
se situent à un niveau convenable.
D'autre part, si notre lutte n'est pas mondiale elle
s'affaiblira. Il nous faut donc mondialiser notre action. Nous
avons ainsi décidé de lancer en 2000 un exercice sur une
quarantaine de pays non adhérents visant à déterminer les non
coopératifs. Notre liste noire a recueilli un écho important.
Nous avons pointé une vingtaine de pays. Depuis, ils deviennent
coopératifs. Et il n'en reste que six aujourd'hui : Nigeria,
Birmanie, Indonésie, Philippines, Nauru et lesles Cook.
Nous encourageons par ailleurs la constitution de groupes régionaux
de type GAFI qui relaient notre action et la rendent plus
facilement acceptable si bien qu'à présent 130 pays sont
couverts. Le but est aussi de faire rentrer dans notre cercle les
quelques grands pays qui nous manquent comme la Chine et l'Inde.
Enfin, nous attendons des centres offshore, type les Caïmans, ces
pays où deux réglementations existent, une pour les nationaux,
une beaucoup plus souple pour les opérations internationales,
qu'ils perdent de leur opacité.
Avec toutes ces mesures, peu de pays échapperont au GAFI et c'est
à ce prix que nous réussirons notre mondialisation. »
J.-P. B
© Dernières Nouvelles
D'alsace, Mercredi 13 Octobre 2004.. Tous droits de reproduction
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