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Symptosis :
- Dans chacun de vos romans on voyage autour
du monde. Dans Jo le Pangéen plus que dans tout autre…
Denis Wernert : - J'aime les voyages. Ils sont toujours
sources de rencontres, et les rencontres sont toujours sources de
réflexions et d'évolutions intérieures. Je parle bien entendu des vrais
voyages et des vraies rencontres, c'est-à-dire effectués dans la liberté
d'action et l'ouverture aux autres.
Jo voyage en routard, ce qui constitue sans doute la façon la plus libre
de voyager. Mais il existe bien d'autres façons ! Par exemple mon meilleur
ami vient de boucler un voyage autour du monde sur le thème du commerce
équitable. Un autre de mes amis part chaque année plusieurs mois à
l'aventure dans une région différente du globe. Moi-même j'effectuerai
prochainement un long voyage à but humanitaire et culturel en Afrique. Il
y a autant de manières de voyager que d'individus. A condition de le faire
librement, sans programme contraignant, sans hâte, sans préjugés. Je suis
effaré de voir tous ces troupeaux de touristes piétiner notre planète en
tous sens comme s'ils se trouvaient dans un gigantesque terrain de jeu. Le
voyage n'est pas un jeu c'est une confrontation de soi avec l'autre.
- Dans Jo le Pangéen, on prend conscience de la valeur du temps…
- En effet, c'est l'un des messages de ce roman : savoir
relativiser toutes choses. Par delà l'obsession de Jo qui rêve d'un monde
parfait où tous les hommes seraient libres, égaux et respectueux de leur
environnement, il y a dans cette histoire une réflexion sur le temps. A
l'échelle de l'univers, l'épisode humain est un détail quasi anecdotique.
A l'échelle de l'humanité les ambitions égoïstes de certains "puissants"
de ce monde ne sont que des avatars ne méritant qu'indifférence et mépris.
Jo pense que les hommes deviendront tous un jour des Pangéens par la seule
force de leur générosité et de leur bon sens. Je ne sais s'il a raison. Je
crains qu'un cataclysme planétaire ne soit seul capable d'éliminer
l'injustice et l'exploitation de l'homme par l'homme. Un cataclysme
social, technologique, sanitaire, géologique… Celui-ci entraînera-t-il un
nouvel ordre mondial ou la disparition pure et simple de l'espèce humaine
? Là est la question.
- Vous vous définissez comme un "auteur alternatif". Qu'est-ce que cela
signifie ?
- Dans nos pays occidentaux un auteur ne peut accéder à la
notoriété qu'en se pliant à de multiples contraintes imposées par le
système économique. Les grandes maisons d'édition sont presque toutes
devenues la propriété de grands groupes financiers qui leur imposent de ne
publier que des livres "commerciaux". De ce fait l'éditeur, dont c'est
pourtant le rôle, ne recherche plus la qualité littéraire de l'œuvre mais
uniquement son aptitude à rapporter un maximum d'argent. Dans cette
optique, il fait souvent pression sur l'auteur pour qu'il récrive, ampute,
modifie tout ou partie de ses textes afin que ceux-ci répondent aux
critères "commerciaux" exigés par ses actionnaires. Moi je ne mange pas de
ce pain là. Je suis et veux rester un auteur libre. Mes livres sont
publiés en petits tirages certes, mais en totale liberté.
De plus, contrairement aux auteurs "commerciaux", je refuse de dilapider
mon temps en mondanités et actions de promotion publicitaire imposées par
le système. Je pense qu'un auteur a mieux à faire. Tandis que d'autres
"font le trottoir" médiatique, l'auteur alternatif, lui, choisit de
consacrer son temps dans la dignité, à l'écriture et aux relations avec
ses lecteurs.
- En France les métiers du livre bénéficient pourtant de multiples aides
et prix littéraires dont le but est d'aider la création !
- Détrompez-vous ! Le système est tel qu'au lieu d'aider la création
littéraire ces aides, paradoxalement, la détruisent. Par exemple les
salons littéraires pourtant subventionnés à l'excès, se contentent de
faire la promotion d'auteurs "commerciaux" tels que les vedettes de
télévision, et de "livres" fades souvent écrits par des nègres. Nombre de
prix littéraires sont noyautés par les grandes maisons d'édition
elles-mêmes sous la coupe des groupes financiers. Quant aux aides
publiques, elles sont souvent distribuées sans discernement par des
fonctionnaires incompétents en matière littéraire. L'un d'eux m'a un jour
qualifié de "prétentieux" car j'avais osé lui demander des renseignements
sur les aides à la création selon lui "réservées aux auteurs connus" !
Notre système public fait donc le jeu du système commercial alors qu'il
devrait le contrebalancer. Vous remarquerez d'ailleurs qu'en France très
peu d'auteurs ont la possibilité de vivre de leur plume. La plupart
doivent avoir un gagne-pain par ailleurs. C'est mon cas.
- Quels sont vos prochains projets d'écriture ?
- Après quatre romans publiés quasiment coup sur coup, j'éprouve
le besoin de faire une pause, mais je ne sais si je le pourrai car
l'inspiration est quelque chose qui ne se repose pas : elle surgit ; on
lui cède ou l'on meurt. Plusieurs sujets me trottent actuellement dans la
tête, notamment un thème psychologique qui renouerait avec mon premier
roman publié Cravate pourpre. J'aimerais cette fois explorer, à partir
d'un cas que j'ai côtoyé récemment, une autre forme de psychopathie : le
refus délibéré du dialogue.
J'ai également quelques projets dans le domaine poétique…
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