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Symptosis : - Le parallèle que vous faites entre l’annexion de
l’Alsace-Lorraine par Bismarck au dix-neuvième siècle et les pratiques
économiques actuelles, est particulièrement audacieux. Ne craignez-vous
pas de choquer ceux de vos lecteurs qui sont partisans de l’économie
libérale ?
Denis Wernert : - Le romancier doit choquer. Pour mieux faire réfléchir. Un
roman qui ne bouscule pas des idées reçues est une œuvre mièvre. Dans un
roman le lecteur recherche avant tout l’évasion. Il aspire à découvrir
d’autres milieux, d’autres personnages, d’autres idées, d’autres concepts,
que ceux qu’il côtoie habituellement. Mes lecteurs sont nombreux à me le
dire : même lorsqu’ils ne partagent pas les propos ou les actes de mes
héros, ils ont plaisir à se sentir interpellés par eux et apprécient
qu’ils leur proposent d’autres schémas de réflexion. C’est le propre de
l’intelligence de s’ouvrir à d’autres courants de pensée pour mieux les
comprendre, non nécessairement les adopter. De la confrontation avec la
différence naît l’enrichissement intellectuel. Cela est d’ailleurs vrai
aussi pour l’auteur.
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Est-ce à dire qu’il vous arrive de ne pas partager les opinions exprimées
par vos personnages ?
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Bien sûr ! Une fois créés, mes personnages vivent leur vie et je me garde
bien de les contrarier ! J’en ai la tentation parfois mais ils savent me
rappeler à l’ordre, croyez-moi ! Pour un romancier, ses personnages sont
comme ses enfants. Il les a mis au monde mais ils ne lui appartiennent
pas. Il doit se contenter de les aider à trouver leur propre voie, même si
au départ il avait pour eux une vision différente. Il m’est arrivé de me
heurter, parfois violemment, à tel ou tel de mes personnages avec lequel
j’étais en désaccord. A chaque fois j’ai perdu la bataille. Un auteur,
c’est un peu comme un acteur : il doit humblement se glisser dans la peau
de ses personnages et interpréter leur rôle, non le sien.
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Vos personnages principaux, bien que vivant à des siècles différents,
s’appuient chacun sur des amis proches qui occupent une grande place dans
leur vie. Comme dans La glace en feu, leurs compagnes semblent avoir un
rôle mineur…
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Ni en amour ni en amitié il ne saurait y avoir de rôle mineur. Dans les
deux cas, ou bien les rôles sont majeurs, ou ils ne méritent pas
d’exister. Mais ils sont différents et ils occupent dans le récit une
place variable en fonction du thème central.
Je pense que tout être humain est appelé non seulement à l’amour mais
aussi à l’amitié. Car l’amour, qu’il soit conjugal, extra-conjugal,
filial, parental, ou les quatre à la fois, ne peut à lui seul remplir une
vie. Certes il y contribue largement, mais il n’y suffit pas. En chacun de
nous existent des zones d’intimité (que mes héros nomment jardin secret)
où seuls les vrais amis ont accès. En d’autres termes, si l’amour est une
chose infiniment précieuse, il a ses limites au delà desquelles l’amitié
prend le relais. Chacun de nous peut le constater : il est des amitiés qui
ont autant voire plus de force et de pérennité que certains amours. Le
sentiment amoureux reste l’émotion la plus forte qu’il soit donné à un
être humain de vivre. Mais très souvent ce sentiment s’use et finit par
s’éteindre. L’amitié, elle, ne s’éteint pas. Ou alors ce n'est pas de
l'amitié.
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Dans chacun de vos romans la musique est présente sous une forme ou sous
une autre. Vous avez une façon qui vous est propre, de traduire les
émotions ressenties par vos héros à l’écoute de certaines œuvres…
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Je ne suis pas musicien mais la musique fait partie intégrante de ma vie.
Elle est pour moi un support de réflexion et d’émotion. Elle stimule entre
autre mon inspiration d’auteur. Rares sont les musiques qui ne me disent
rien ; certaines œuvres se contentent de nourrir mon esprit ; d’autres me
vont droit au cœur. C’est le cas des musiques du groupe Metallica que j'ai
récemment découvert (j’en ai fait mention à la
fin de Cravate pourpre). Je citerai aussi les musiques d’un de mes
amis, compositeur amateur : ses dernières créations originales m’ont
spontanément inspiré quelques poésies (dont certaines se trouvent dans La
glace en feu).
L’un de mes meilleurs amis affirme que certaines musiques sont
cinématiques en ce sens qu’elles produisent dans l’esprit de ses auditeurs
des images en mouvement. C’est exactement ce que je ressens à l’écoute de
certaines œuvres. Non seulement j’entends mais je vois la musique. Et tout
naturellement j’écris, je décris mes visions afin de les faire partager à
mes lecteurs.
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Encore plus que Cravate Pourpre et La Glace en feu, Duo d’exil met en
scène l’Alsace et la Lorraine. Est-ce à dire que votre inspiration est
incapable de s’affranchir de ces régions où se trouvent vos origines ?
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L’Alsace et surtout la Lorraine ma région natale ont profondément marqué
ma vie. Il est donc naturel qu’elles fassent partie de mes sources
d’inspiration préférées. En effet, si un roman n’est pas une
autobiographie, en revanche le romancier y met beaucoup de lui-même. Sans
cela l’œuvre est impersonnelle et de peu d’intérêt.
Je ressens en outre un besoin profond de faire découvrir à mes lecteurs
les beautés de ces deux magnifiques régions encore trop souvent victimes
de clichés réducteurs. C’est pourquoi ma satisfaction est grande lorsqu’un
de mes lecteurs de l’autre bout de la France ou d’un pays étranger me dit
que mes livres lui ont donné envie de visiter Strasbourg, Nancy, la forêt
de La Robertsau, Sessenheim, ou la Colline inspirée.
Vous noterez cependant que ma plume sait aussi vous entraîner en de
longues digressions lointaines. Dans mon prochain roman, si j’en crois mon
inspiration encore balbutiante, je devrais vous emmener au bout du monde…
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