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Symptosis :
- Les histoires d’amour que l’on trouve dans La glace en feu sont
étranges, insolites voire délirantes, à commencer par l’idylle entre les
deux héros et Gudrun la belle Islandaise. Où voulez-vous en venir ?
Denis Wernert :
- Toutes les histoires d’amour sont étranges, fantastiques, délirantes,
même lorsqu’elles sont banales en apparence. L’amour entre un homme et une
femme est toujours quelque chose d’extraordinaire au sens littéral du
terme : « qui sort de l’ordinaire ». C’est le regard des amants, leur
générosité, leur ouverture d’esprit, leur audace qui font que leur
histoire d’amour sera banale ou fantastique.
Les amants de La glace en feu ne sont pas des surhommes mais ils ont une
qualité essentielle : ils savent ouvrir grand leur cœur et rejeter toutes
les contraintes extérieures qui pourraient les en empêcher. L’amour, par
nature, ne doit pas connaître de limites (sauf une : le respect de
l’autre).
- L’érotisme à peine esquissé dans Cravate pourpre explose littéralement
dans La glace en feu. Est-ce un revirement de votre part ?
- De nombreux lecteurs de Cravate pourpre, et surtout de
lectrices, m’ont dit avoir beaucoup aimé la scène d’amour entre Dan et
Laetitia ; ils ont regretté qu’il n’y en eût pas d’autres. Dans Cravate
pourpre, par rapport au thème central du roman, cet épisode était
secondaire. Je l’ai traité comme tel. Dans La glace en feu au contraire,
l’amour constitue, avec l’amitié, le thème central du livre. Je lui ai
donc consacré des développements beaucoup plus nombreux qui, je l’espère,
satisferont mes lectrices et mes lecteurs.
- L’amitié que vous décrivez entre vos deux personnages Marc-Antoine et
Wolfgang est si extrême qu’elle paraît invraisemblable. Pourquoi être allé
si loin ?
- Le romancier est fait pour aller loin… Là où les autres n’osent
peut-être pas s’aventurer. Il emmène ses lecteurs dans des espaces de
réflexion parfois encore vierges. C’est son rôle, sa mission, son devoir.
Pour revenir à votre question, en effet cette amitié entre mes héros
dépasse la réalité. Elle relève avant tout du rêve ou de l’utopie et
traduit, je l’avoue, ma soif de perfection dans ce domaine comme dans
d’autres. Mais ne croyez pas que cette amitié soit totalement imaginaire !
L’unicité de caractère entre amis peut exister et, personnellement je l’ai
rencontrée. Même sans elle, il est tout à fait possible de nouer des
amitiés aussi profondes que celles de mes deux héros, fondées sur le don
de soi. Le don de soi, total et désintéressé, est d’ailleurs, selon moi,
la condition sine qua non de l’amitié vraie.
-Dans La glace en feu, vous donnez de l’Islande une image négative voire
effrayante. En avez-vous conscience ?
- C’est tout le contraire ! Je donne de l’Islande l’image qui est
la sienne : rude, puissante, intacte, naturelle, authentique, grandiose.
Le déchaînement des éléments que je mets en scène, sème, il est vrai, la
mort chez mes personnages. Mais il sème aussi l’émotion et la réflexion
chez mes lecteurs, ce qui est mon objectif, et même mon devoir de
romancier.
L’islande ne laisse personne indifférent. On ne peut l’aimer à moitié : on
l’adore ou on la déteste. Moi je l’adore. C’est pourquoi nul autre pays ne
pouvait mieux prêter son cadre à cette histoire d’amitié hors du commun
dont la force se nourrit de celle de l’Islande.
Votre style d’écriture est très particulier, inclassable. Il est à la fois
dramatique, cinématographique, poétique, romantique, rhétorique,
philosophique… Comment faites-vous ?
Mes études et ma pratique du journalisme et de la communication
m’ont appris à passer instantanément d’un style d’écriture à l’autre. Tous
ces styles cohabitent en moi. Ils sont devenus pour moi une seconde
nature.
De plus, ma pensée est « visuelle » : lorsque je parle, je « lis » les
mots avant de les prononcer ; et lorsque je lis, je les prononce
mentalement. Il en va de même lorsque j’écris. Je « vois » la phrase
s’écrire et je l’« entends » dite à voix haute. Mes romans sont des romans
mais certains passages pourraient sans doute être déclamés comme du
théâtre. Vous avez sans doute remarqué l’importance que je donne à la
ponctuation. Par exemple, je place beaucoup plus de virgules que
nécessaire. Eh bien, c’est ma façon d’indiquer à quels endroits, il faut
prendre sa respiration… |