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Symptosis :
– La satire est un trait dominant de Cravate pourpre. Vos personnages sont
excessifs. Pourquoi ?
Denis Wernert :
– Mes personnages concentrent les défauts et les travers – mais aussi les
qualités – que j’ai pu observer dans la vie réelle. Comme l’avare, le
misanthrope ou le bourgeois gentilhomme de Molière, les excès de mes
personnages ont pour but à la fois d’amuser et de faire réfléchir le
lecteur. L’humour permet de faire passer les messages plus facilement et
plus efficacement. C’est une règle universelle en pédagogie : on apprend
mieux en s’amusant.
Si j’en juge par les réactions de la grande majorité de mes lecteurs,
cette démarche a été bien comprise et même souvent appréciée.
– Votre écriture est soignée, élégante, facile à lire. Avez-vous une
recette particulière ?
– Ma recette, c’est le travail. Au départ, mon inspiration est toujours
fantaisiste, débridée, voire anarchique. Comme je le suis moi-même. Mes
idées fusent dans tous les sens et ma plume qui a bien du mal à les
suivre, s’égare continuellement. Si vous voyiez mes brouillons, vous
seriez surpris par la grande confusion qui y règne. Au moment où elles
jaillissent, mes phrases sont toujours très longues ; mes principales
s’alourdissent souvent de plusieurs subordonnées. Je ne m’en sors que par
un long labeur de réécriture. A lui seul il me prend plus de temps que le
travail d’écriture proprement dit. J’y mets le plus grand soin : c’est une
forme du respect que je porte à mon lecteur. Je veux que lire soit pour
lui un plaisir, non un effort. L’effort, c’est à moi de le fournir. Il se
trouve que mes études de journalisme et ma longue expérience de la
communication d’entreprise m’ont formé à ce travail, ce qui est loin
d’être le cas de nombreux romanciers.
– Certains lecteurs de Cravate pourpre regrettent que votre héros
Dan meure à la fin du livre. Pourquoi un dénouement aussi tragique ?
– Il ne pouvait pas y avoir d’autre issue. Entre ces deux hommes à la fois
si proches et si différents – Pat et Dan – s’est dressé un mur
infranchissable : l’un est enfermé dans sa psychopathie due à des
traumatismes infantiles irréversibles ; l’autre est prisonnier de son
obsession de comprendre l’incompréhensible et de résoudre l’insoluble.
Dans ces conditions, aucune solution n’est possible. Même le pardon est
impossible car on ne peut pardonner que s’il y a demande de pardon, ce qui
n’est pas et ne peut pas être le cas.
– Comment choisissez-vous les sujets de vos romans ? Quelle est
votre méthode d’écriture ?
– Au départ de chacun de mes livres, il y a toujours une étincelle. Une
étincelle qui m’embrase instantanément. Ce peut être une rencontre, une
lecture, un voyage, une émotion, une réflexion. Cet embrasement ne génère
pas toujours un livre mais il le pourrait. Malheureusement, quand on n’a
pas l’éternité devant soi, il faut faire des choix.
Ensuite commence le long travail de recherche et d’écriture. Si j’ai
toujours en tête le point de départ et le point d’arrivée de mon histoire,
en revanche les développements intermédiaires se modifient au fur et à
mesure que l’œuvre avance. Il m’arrive souvent d’écrire le dernier
chapitre de mes romans avant même d’avoir écrit les précédents.
– Comment vous est venue votre vocation de romancier ? Cravate
pourpre est votre premier roman ?
– J’ai toujours aimé écrire et, comme je n’ai guère l’esprit scientifique,
la fiction a toujours été mon genre préféré.
Effectivement, Cravate pourpre n'est pas mon premier roman mais c'est le
premier que je publie. J’ai longtemps hésité à publier mes écrits. Le
déclic a été une rencontre que j’ai faite récemment. Elle a suscité un
long mûrissement intérieur qui a duré plusieurs mois. On ne dira jamais
assez combien les rencontres et le dialogue avec autrui sont importants
dans toute vie d’homme et de femme. A contrario, le repli sur soi et le
refus du dialogue sont la pire des choses que je connaisse. C’est encore
plus cruel que la haine.
Je tiens ici à remercier mes lecteurs pour la confiance qu’ils me
témoignent et plus particulièrement ceux d’entre eux qui ont la
gentillesse de me faire part de leurs appréciations et critiques.
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