5 questions à ...
l'auteur de Cravate pourpre

 

Symptosis :
– La satire est un trait dominant de Cravate pourpre. Vos personnages sont excessifs. Pourquoi ?


Denis Wernert :
– Mes personnages concentrent les défauts et les travers – mais aussi les qualités – que j’ai pu observer dans la vie réelle. Comme l’avare, le misanthrope ou le bourgeois gentilhomme de Molière, les excès de mes personnages ont pour but à la fois d’amuser et de faire réfléchir le lecteur. L’humour permet de faire passer les messages plus facilement et plus efficacement. C’est une règle universelle en pédagogie : on apprend mieux en s’amusant.
Si j’en juge par les réactions de la grande majorité de mes lecteurs, cette démarche a été bien comprise et même souvent appréciée.
 


– Votre écriture est soignée, élégante, facile à lire. Avez-vous une recette particulière ?

– Ma recette, c’est le travail. Au départ, mon inspiration est toujours fantaisiste, débridée, voire anarchique. Comme je le suis moi-même. Mes idées fusent dans tous les sens et ma plume qui a bien du mal à les suivre, s’égare continuellement. Si vous voyiez mes brouillons, vous seriez surpris par la grande confusion qui y règne. Au moment où elles jaillissent, mes phrases sont toujours très longues ; mes principales s’alourdissent souvent de plusieurs subordonnées. Je ne m’en sors que par un long labeur de réécriture. A lui seul il me prend plus de temps que le travail d’écriture proprement dit. J’y mets le plus grand soin : c’est une forme du respect que je porte à mon lecteur. Je veux que lire soit pour lui un plaisir, non un effort. L’effort, c’est à moi de le fournir. Il se trouve que mes études de journalisme et ma longue expérience de la communication d’entreprise m’ont formé à ce travail, ce qui est loin d’être le cas de nombreux romanciers.
 


– Certains lecteurs de Cravate pourpre regrettent que votre héros Dan meure à la fin du livre. Pourquoi un dénouement aussi tragique ?

– Il ne pouvait pas y avoir d’autre issue. Entre ces deux hommes à la fois si proches et si différents – Pat et Dan – s’est dressé un mur infranchissable : l’un est enfermé dans sa psychopathie due à des traumatismes infantiles irréversibles ; l’autre est prisonnier de son obsession de comprendre l’incompréhensible et de résoudre l’insoluble. Dans ces conditions, aucune solution n’est possible. Même le pardon est impossible car on ne peut pardonner que s’il y a demande de pardon, ce qui n’est pas et ne peut pas être le cas.
 


– Comment choisissez-vous les sujets de vos romans ? Quelle est votre méthode d’écriture ?

– Au départ de chacun de mes livres, il y a toujours une étincelle. Une étincelle qui m’embrase instantanément. Ce peut être une rencontre, une lecture, un voyage, une émotion, une réflexion. Cet embrasement ne génère pas toujours un livre mais il le pourrait. Malheureusement, quand on n’a pas l’éternité devant soi, il faut faire des choix.
Ensuite commence le long travail de recherche et d’écriture. Si j’ai toujours en tête le point de départ et le point d’arrivée de mon histoire, en revanche les développements intermédiaires se modifient au fur et à mesure que l’œuvre avance. Il m’arrive souvent d’écrire le dernier chapitre de mes romans avant même d’avoir écrit les précédents.
 


– Comment vous est venue votre vocation de romancier ?  Cravate pourpre est votre premier roman ?

– J’ai toujours aimé écrire et, comme je n’ai guère l’esprit scientifique, la fiction a toujours été mon genre préféré.
Effectivement, Cravate pourpre n'est pas mon premier roman mais c'est le premier que je publie. J’ai longtemps hésité à publier mes écrits. Le déclic a été une rencontre que j’ai faite récemment. Elle a suscité un long mûrissement intérieur qui a duré plusieurs mois. On ne dira jamais assez combien les rencontres et le dialogue avec autrui sont importants dans toute vie d’homme et de femme. A contrario, le repli sur soi et le refus du dialogue sont la pire des choses que je connaisse. C’est encore plus cruel que la haine.

Je tiens ici à remercier mes lecteurs pour la confiance qu’ils me témoignent et plus particulièrement ceux d’entre eux qui ont la gentillesse de me faire part de leurs appréciations et critiques.