Marie-Thérèse VACOSSIN

 

 

Depuis plusieurs décennies, le peintre Marie-Thérèse Vacossin, née à Paris en 1929 et vivant aujourd'hui à Baie, poursuit une manière conceptuelle de travail tout-à-fait conséquent, tout en révélant un enracinement profond dans la tradition picturale française, entre autre des impressionnistes, en raison de sa sen­sibilité aiguë à la lumière et à la couleur. Pourtant ce peintre n'a jamais adhéré à aucun mouvement artistique que ce soit, et même à présent - après cinquante années de recherches artisti­ques - elle ne se laisse ranger ni enfermer dans une catégorie quelconque.

Dans l'oeuvre de Marie-Thérèse Vacossin, comme c'est le cas pour plusieurs représentants du mouvement d'art construit, il ne s'agit pas de poursuites acribiques, avec des séries systémati­ques de couleurs d'ordres sériels, mais il s'agit uniquement et exclusivement, avec un minimum de moyens formels et par des juxtapositions pleines de puissance, de faire naître par des tensions plastiques, des espaces picturaux pleins d'atmosphère. Il est vrai que les toiles de Marie-Thérèse Vacossin, comme chez d'autres artistes de tendance construite, s'organisent toujours selon un plan fondé sur des réflexions logiques et avec la convic­tion du procédé géométrique. Les recherches sur l'interaction de certaines couleurs ne sont ici jamais un but en soi, mais étudiées pour créer des oeuvres chargées d'effets irradiants, riches de force rayonnante intérieure.

Récemment, ce sont surtout des bandes de couleurs bleues séparées entre elles par des distances minutieusement définies, qui parcourent verticalement la surface du plan-support égale­ment bleu. Le caractère monochrome de ces toiles se perd rapi­dement, et le regard averti reconnaît aisément - à partir de couleurs nuancées et des largeurs de lignes - un fort mouve­ment rythmique de l'ensemble.

Ainsi, à travers le devenir continuel et l'éclatement de la couleur de base, avec les superpositions et les proportions subtilement dosées des lignes, se produit l'émergence d'une couleur virtuelle qui, il est vrai, n'introduit aucun effet de perspective, ne crée aucun espace onirique, mais fait apparaître une profondeur plas­tique vibratoire.

L'irradiation amène une autre couleur dans la perception du spectateur sans que celle-ci soit effectivement peinte. La profon­deur rayonnante et l'unité de ces tableaux sont encore renfor­cées par le fait que là où les bandes de couleurs se rencontrent, aucun procédé technique n'apparaît, c'est-à-dire pas de bordu­res, pas de reliefs de couleur. A travers une peinture pure, extrê­mement soignée et préalablement conçue, Marie-Thérèse Vacossin réussit toujours à présenter à l'oeil de celui qui regarde la couleur même dans sa splendeur sans fin.

 

Renate Dürst